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Les jeunes photographes allemands et la nouvelle photographie

Vendredi 03 Août 2012 15:13:22 par actuphoto dans Expositions

Expositions du 07/09/2005 au 04/03/2006 Terminé

Institut Goethe Galerie Condé 31 rue de Condé 75006 Paris 01 40 46 69 60

Vor aller Augen Travaux photographiques de Leipzig, Massterclass de Timm Rautert, Hochschule für Grafik und Buchkunst / École Supérieure d'Arts graphiques et d'Arts du Livre, Leipzig. Frank Berger, Viktoria Binschtok, Kristleifur Björnsson, Ulrich Bebert, Göran Gnaudschun, Falk Haberhorn, Stephanie Kiwitt, Alexej Meschtachanow, Sven Johne, Ricarda Roggan, Adrian Sauer, Dirk Scheidt, Linda Weiss, Tobias Zielony. Un catalogue détaillé (144 pages environ) rend compte des nombreux travaux et, grâce à une riche documentation circonstanciée, offre un aperçu de la variété des modes de présentation. Ce catalogue, œuvre de Till Gathmann, jeune artiste du livre (Leipzig), contient des essais et textes d'Arno Gisinger (Paris), Sabine Belz (Goethe-Institut, Paris) et Timm Rautert, ainsi qu'un entretien avec les artistes exposants. Le catalogue va paraître très prochainement chez Kerber Verlag (Bielefeld) en édition bilingue (allemand/anglais et allemand/français). « Parmi les nombreuses possibilités de combattre le néant, faire des photographies est l'une des meilleures. Les enfants devraient être très tôt formés à cet art qui exige de la discipline, le sens du beau, un œil averti et une main sûre. » Julio Cortázar (extrait de Teufelsgeifer/La bave du diable) Quelque chose se passe sous nos yeux. Qui y fait attention ? Vor aller Augen, c'est ce titre aux multiples implications qui réunit les travaux (photographiques pour la plupart) des élèves diplômés de la masterclass de Timm Rautert à l'École Supérieure d'Arts graphiques et d'Arts du Livre (Leipzig). Ce qui semble les relier tous, c'est leur recours à la rue, au monde urbain, à la réalité visible dans ses composantes sociale et politique. Si le premier regard est essentiellement photographique, il se transforme en un « second regard » dès lors qu'on observe plus attentivement les travaux, un regard insistant et laconique, sans originalité apparente, sans formalisme exagéré de la part du photographe, mais empreint d'un concept particulier et d'une méthode logique. S'il s'agit des procédés visuels et narratifs classiques de la photographie (par exemple le voyage photographique, le flâneur qui prend des photos), l'attitude de base a changé. Des textes et des séquences contextualisent les méthodes de lecture des images. La « crise du réel » conduisit de nombreux artistes à se confronter à un monde construit par les médias. Les images actuelles recèlent un certain scepticisme quant à la représentation adéquate de la réalité, et surtout la certitude de ne pouvoir renoncer au « regard sur l'extérieur ». Les travaux sélectionnés révèlent aussi un autre aspect : en effet, ils posent moins la question du thème même des photographies que la façon dont elles donnent elles-mêmes (et ont donné) un sens culturel, car les modes d'utilisation du média, dans la « formatisation » de notre monde moderne, sont extrêmement diverses. Durant les deux dernières décennies, la photographie s'est définitivement établie comme moyen d'expression artistique, sous la forme de grands tableaux muraux, principalement dans les halls d'exposition. C'est là un développement signant l'émancipation de la reproduction informative qui devenait une image autonome. Aujourd'hui, à une époque où la photographie devient de plus en plus digitale, nous avons de nouveau la chance d'examiner toute la diversité des modes de présentation et de récits existants, et la variété des supports photographiques, de les mesurer à l'aune de leur utilité pratique, de trouver de nouvelles (et d'anciennes) correspondances entre contenu artistique et formes photographiques pouvant s'exprimer dans une « grande nature morte » ou dans un collage grand format, dans une série d'images accrochées en forme de tableau, ou encore dans une projection de diapositives. Enfin, l'une des caractéristiques de la masterclass de Timm Rautert, c'est la grande diversité des idées de départ de ses élèves (et non le modèle défini d'une certaine façon de voir). La Galerie Condé a pour objectif de montrer chaque fois, en même temps, deux jeunes artistes, de manière à faire précisément ressortir leurs différences dans une approche ou un comportement artistique comparables. À la base des expositions qui vont être successivement présentées, on trouve une réflexion autant thématique et conceptuelle que méthodique et formelle. • Équipe N°1 : « Trompe-l'œil » Viktoria Binschtok et Adrian Sauer. 7 septembre - 1er octobre 2005. Viktoria Binschtok et Adrian Sauer travaillent de manière très différente à la surface du monde photographié. Pour développer sa propre forme de représentation, Adrian Sauer s'est inspiré de la rénovation de quartiers entiers de Berlin et de Leipzig. La métamorphose des maisons anciennes en façades lisses et « aseptisées » marque certains de ses premiers travaux. Dans les suivants, il soumet les photographies de détails architectoniques fonctionnels à un traitement qui transforme intégralement la structure photographique de l'image, y compris tous les détails, en un champ digital coloré, exactement défini. Il reste une image qui, bien que construite encore selon une perspective photographique optique, ne présente plus une texture photographique classique. Adrian Sauer applique désormais sa méthode à d'autres thèmes également. Le travail artistique semble se libérer de plus en plus de la transposition exacte du « modèle photographié », les sujets sont de plus en plus autonomes, plus abstraits, et semblent se référer plus fortement à l'idée de la matière même qu'à celle de l'objet concret. Si Adrian Sauer travaille à la surface de l'image, celles de Viktoria Binschtok renvoient sans cesse l'observateur à la surface des configurations qu'elle photographie. Pour réaliser LVNY, une série en onze volets, Binschtok a arpenté les rues de New York et dirigé son regard sur les sacs et pochettes de la marque française de luxe Louis Vuitton, portés, la plupart du temps, par des passantes d'âge et d'origine sociale très divers. Dans la présentation de son travail, l'artiste combine souvent ses photographies avec de brèves notices qu'utilisent les vendeurs sur ebay pour vanter l'originalité de leur sac Vuitton. Binschtok anticipe l'intuition de l'observateur, tire profit du scepticisme qui lui fait entrevoir que, derrière les produits présentés avec ostentation, il n'y a pas seulement des originaux, mais aussi les contrefaçons massivement commercialisées. L'observateur ne cherche pas à gagner une certitude ; il se surprend plutôt lui-même à examiner les indices des images très précisément photographiées – surtout l'allure de celle qui porte le sac – pour en déduire la nature du sac. Malgré la différence de leur point de départ, il y va, semble-t-il, dans les démarches de ces deux artistes, de la perte de l'état originel et de l'authenticité. • Équipe N°2 : « Tropical Island » Falk Haberkorn et Sven Johne 5 octobre - 5 novembre 2005. À l'automne 2004, quinze ans après la chute du Mur et à l'heure de l'élargissement à l'Est de l'Union européenne, les deux artistes ont entrepris un voyage en voiture dans les cinq nouveaux länder allemands, et parcouru ainsi près de 8000 kilomètres à travers un ensemble de régions particulièrement représentatives de l'Allemagne orientale. Le but initial de leur voyage : présenter une image du pays à tous égards différenciée, en gardant à l'esprit l'idée d'une traversée « en passant ». C'était une façon d'esquiver le danger d'une caricature unilatérale et de préserver en même temps une certaine dose d'objectivité en dépit d'une amorce franchement subjective. En effet, si les grandes lignes de l'itinéraire étaient bien définies, celui-ci demeurait, dans le détail, livré au hasard. Bien que s'inspirant méthodiquement du journal de voyage, le projet, aussi bien dans son idée que dans son exécution, n'a rien de journalistique. Certes, il utilise et explore les possibilités de la photographie documentaire, tout comme celles du reportage et du récit. Mais ce n'est que grâce à l'idée artistique du concept – qui s'est concrétisée au cours du voyage – qu'il a été possible aux artistes de donner une forme au matériau non structuré qu'ils avaient ainsi glané, qui oscille entre réalité et fiction et ne saurait être mieux décrit que par le double sens du terme « histoire ». Effectivement, le travail n'est ni un reportage ni un simple état des lieux, mais une façon très subjective d'écrire une histoire qui, par le biais d'images et de textes, élabore sa propre réalité narrative. • Équipe N°3 : « white night lover » Kristleifur Björnsson et Alexej Meschtschanow 9 novembre - 10 décembre 2005. De toute la série d'expositions, c'est celle de Kristleifur Björnsson et Alexej Meschtschanow qui utilise le plus large éventail de médias. Avec ses nouveaux travaux, Björnsson continue à se confronter à un matériau photographique qu'il s'est approprié, ainsi qu'à la question des formes contemporaines de la représentation photographique de l'être humain. « My Shannyn » esquisse l'image (fictive) d'une relation dans laquelle un partenaire – le photographe – doit être totalement sous l'emprise d'une femme tant les portraits qu'il fait d'elle sont gigantesques. Pourtant, d'une certaine manière, cette amie, Shannyn, n'est que sa créature. Certes, la personne existe en chair et en os sur les photographies (il s'agit d'une actrice hollywoodienne peu connue ), mais les images du photographe ne sont pas ses clichés, mais de petits fichiers vidéo circulant sur Internet. Ce n'est qu'après un travail difficile et précis – les photos grand format sont des montages de tirages Inkjet A4 – que la photo de la femme devient celle du photographe et la belle actrice son amie. Les créations plastiques du sculpteur Alexej Meschtschanow – étudiant depuis plus de trois ans dans la classe du photographe Timm Rautert – présentent, elles aussi, quelque chose d'insondable. Des artéfacts divers, pour la plupart de vieux meubles portant les traces de leur histoire, lui servent de point de départ pour ses sculptures. Si le processus de l'appropriation de ce qui existait auparavant a encore quelque chose de photographique, il retravaille les objets en élaborant les constructions les plus diverses qui, presque comme des prothèses, semblent protéger leurs formes délabrées, ou les mettre en relation les unes avec les autres. Ce que Meschtschanow va chercher dans les caves du passé bourgeois pour le porter sur la scène de son art, se retrouve soudain dans une constellation troublante et ambiguë dont la fonction (ou l'absence de fonction), à l'instar de Björnsson, se nourrit de fantasmes. • Équipe N°4 : « local » Stephanie Kiwitt et Tobias Zielony 14 décembre 2005 - 14 janvier 2006. Les photographies de Stephanie Kiwitt et de Tobias Zielony naissent dans l'espace public, la plupart du temps dans des zones urbaines mal définies, ou dans des quartiers d'habitation à la périphérie de grandes villes. Celles qu'ils ont choisies pour cette exposition proviennent principalement de métropoles françaises, telles que Paris et Marseille. Mais bien que sillonnant les mêmes territoires avec leur appareil, le regard de chacun d'eux se porte sur des situations très différentes. À la base du travail de Zielony, son intérêt pour la vie des jeunes de banlieue, la manière dont ils installent leur petit pouvoir dans leurs quartiers respectifs et affichent leur culture hip-hop devant la caméra. Il réalise des clichés fortement colorés qui, dans leur composition et leur chronologie, trahissent les influences du cinéma. Il s'est peu à peu impliqué dans des projets documentaires très divers (comme celui, par exemple, sur les « shrinking cities »), de sorte que ses séries de photos s'apparentent de plus en plus à un atlas de la culture européenne des jeunes de l'ère postindustrielle. En revanche, de par sa conception de l'image, les photographies de Stephanie Kiwitt sont davantage des natures mortes ou des paysages. D'une composition très subtile et précise, ses clichés font ressortir les fractures de l'espace urbain (les constructions et improvisations de fortune que les hommes se sont aménagées dans le découpage fonctionnel urbain), aussi bien que les blessures et le mépris de cet ordre établi. La vie moderne de la ville que l'artiste croque dans ses photos isolées, ses séries, ses séquences et ses vidéos, se déploie dans un panorama urbain dans lequel l'uniformité et l'interchangeabilité des décors sont plus marquantes que l'aspect spécifique de chaque lieu. • Équipe N°5 : « Sequenzen » Frank Berger, Göran Gnaudschun et Linda Weiss 8 février 2006 - 4 mars 2006 Au coeur de cette exposition, la séquence photographique et l'image en mouvement dans ses formes les plus diverses. Si les projections vidéo légèrement floues prévalent sur les murs des halls d'exposition d'art contemporain, ce sont ici, dans cette exposition, des projections de diapositives qui donnent le ton. Celles de Frank Berger remplissent les salles avec luxe détails et obligent le spectateur à se confronter à l'irruption soudaine de la réalité extérieure. Comme à travers une vitrine, les photographies grand format projetées sur les murs ouvrent le regard sur le décor apparemment quotidien d'une grande ville. Grâce aux images projetées en continu, un caléidoscope de scènes de rue se déroule sous nos yeux, chaque fois un peu différentes mais toujours nouvelles. Pour présenter son travail Oxford Street, Frank Berger transforme la Galerie Condé en une telle vitrine de l'urbain, qui, à travers les fenêtres, rayonnera jusque dans les rues avoisinantes.À ce travail séquentiel, Göran Gnaudschun oppose, lui aussi grâce à une projection de diapositives, un voyage classique dans la tradition de la photographie d'auteur, qui l'a mené le long des frontières de l'Europe de l'Est, des Pays Baltes à Ljubljana. Sur des écrans, les séquences vidéo de Linda Weiss, donnant une impression minimaliste, viennent compléter la méthode objectivante de Frank Berger et renforcer la vision subjective de Göran Gnaudschun. À partir d'un véhicule et à l'aide d'un appareil digital rudimentaire, elle photographie l'infrastructure qu'elle a sous les yeux dans des travellings très restreints, ce qui donne lieu à des images ne comportant plus que des traces quasi abstraites. La réflexion sur le cinéma et la déconstruction de films eu égard aux positions (politiques) qui les sous-tendent, est un autre champ d'activité de cette artiste. • Équipe N°6 : « Referenzen » Ulrich Gebert, Ricarda Roggan et Dirk Scheidt 8 mars 2006 - 1er avril 2006. Les travaux du dernier groupe de photographes sont consacrés de manière très différente au « formatage culturel » des photos. Le point de départ de chacun des trois artistes est souvent une confrontation avec les « pré-images », que ce soient des photos concrètes, une iconographie déterminée ou encore des modes narratifs spécifiques aux médias. Dans son travail artistique, Ulrich Gebert thématise sans cesse les catégories normatives et les types d'ordonnancement imaginés par les modernes. Dans « Typus », une série de grande envergure, il analyse, à l'exemple de résineux « non suspects », le caractère encyclopédique de typologies photographiques qui, au XIXe siècle, ont particulièrement contribué à la classification du monde et au fondement positiviste de la connaissance moderne jusqu'à ses déformations racistes. Un livre d'artistes luxueux va paraître sur ce sujet, sous forme d'atlas botanique. Ricarda Roggan, dont les travaux des dernières années ont été récompensés à diverses reprises, va probablement présenter un nouveau travail mettant au banc d'essai moins la mise en scène méticuleuse du choc entre les objets que l'aura des lieux. Dirk Scheidt, lui aussi, présente un nouveau travail intitulé Monet. Comme dans sa précédente série Rousseau (qui se réfère au monde imaginaire et à la peinture d'Henri Rousseau), il s'emploie à transposer un motif iconographique spécifique (emprunté à Monet) dans un monde d'images propre à notre époque, tout en s'interrogeant sur le déplacement de la perspective thématique et sur le changement de la vue qui lui est sous-jacente. Site de l'Institut Goethe: http://www.goethe.de/ins/fr/par/frindex.htm © Sven Johne et Falk Haberkorn
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