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One day one picture
Le journal d' Aniu et Christian Caujolle |
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Du 1° janvier au 31 décembre 2008, Aniu, photographe Chinois basé à Shenzhen et son complice Christian Caujolle à Paris ont décidé de tenir un étrange journal. Aniu envoie chaque jour - normalement...- un autoportrait et Christian Caujolle réagit immédiatement en texte.
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20 Juin 2008 |
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Je m’étonne toujours quand il envoie une horizontale. Mais là, c’est encore plus surprenant ! Juste une organisation de formes, que je pourrais décrire mais que je ne peux pas interpréter, pour une image limite formaliste qui ne ressemble à rien de ce qu’il m’a fait parvenir jusqu’à présent. Il est à la fois absent et incroyablement présent, dans une représentation des ombres pleine, je ne sais, de violence ou de jeu, de beauté et de choc. Je ne peux rien comprendre ni du triangle de lumière ni de l’objet que son ombre tient dans la main… Mais je suis content de constater que notre échange absurde et intense ontinue. |
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19 Juin 2008 |
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Verticale de nuit, sans doute chez lui (de toutes façons je ne saurais jamais où c’est…). Ce qui se passe sur la fenêtre et au delà (la ville de nuit) est plus important que la présence, étrange et tendue, d’une petite partie de son visage en forme de masque. Une image indécryptable s’il ne me dit rien puisque je ne peux comprendre ce qui se passe, s’inscrit, se montre et se dérobe sur la vitre, entre collage, affirmation du regard et monde flottant. Reste que la ville et ses lumières sont bien là, même derrière la vitre et que lui reste tendu face à l’objectif. |
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18 Juin 2008 |
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Retour à la verticale et à la nuit pour une image élégante et mystérieuse dans laquelle sa silhouette floue se détache sur fond de rideau et de fenêtre. Il y a là de la douceur et, en même temps, une certaine tension dans son poing fermé. J’aime la façon dont la lumière vibre sur ce qui pourrait être une sculpture.
Quand va-t-il envoyer de nouvelles images ? |
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15 Juin 2008 |
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Encore une horizontale, mais de nuit… Lui en silhouette, de dos, un grain et des lumières étranges. C’est comme s’il était dans un bocal ou dans une image de télévision. Et aucun sentiment, juste une image, à plat. |
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14 Juin 2008 |
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Surprise, une horizontale ! Et de jour, en plus… Toujours sur la gauche de l’image et de dos Aniu me propose de suivre son regard qui semble découvrir la ville et ses immeubles, au fond, en perspective. Il a trouvé un espace vert , il a cadré puis s’est précipité dans le cadre. Et il tient la ville à distance. |
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12 Juin 2008 |
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Au premier regard, je ne l’ai pas vu. J’ai cru qu’il faisait simplement un effet de lumière et de forme. Mais il est bien là, sur le bas droit de l’image. Yeux fermés, confronté à l’éclairage et le niant, abandonné et épuisé avec élégance. |
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11 Juin 2008 |
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Dans le noir, sans effet de lumière, il s’est soudain vieilli… Les gris luttent avec les noirs, le blanc est hors de propos, la gravité qui s’est installée le renvoie au temps, à une forme de fin ou, pour le moins, d’harassement, épuisé, abandonné, vraiment las. |
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10 Juin 2008 |
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Dans un magasin,sans doute, un jeu savant de miroirs qui nous renvoie encore à ses tentations formelles des années trente, qu’il ne connaît sans doute pas… Etrange duplication du portrait : en haut les yeux, paupières baissées dans le flou, en bas la confirmation de sa langueur, d’une forme de tristesse, sa bouche affaissée de part en part, triste. Implacable, la lumière sculpte la forme parfaite du métal qui soutient le miroir. Belle image, mais grave, en fait. |
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09 Juin 2008 |
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De jour, exceptionnellement, mais de dos… Un gros plan sur sa nuque, sur ses cheveux. La ville en fond, en toile de fond. Indispensable à l’histoire et inutile, au fond. S’installe une étrange relation entre son lobe, son oreille, et le tuyau abandonné dans le terrain vague qu’il a choisi comme décor. |
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04 Juin 2008 |
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De face, dans le noir, presque invisible. Une nouvelle modalité de la disparition qu’il a déjà évoquée plusieurs fois. En même temps une image fascinante, à décrypter, à inventer presque pour celui qui la regarde. Nous voici à nouveau à jour avec le calendrier… |
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03 Juin 2008 |
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Retour au grand plan, il entre toujours par la gauche dans le cadre et m’a l’air plus serein que ces dernières semaines. Une lumière qui troue la nuit sculpte ses traits et je redécouvre sa barbichette.
Pourquoi a-t-il choisi de poser devant une affiche représentant des militaires ?
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02 Juin 2008 |
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De nuit, il fume une cigarette. Il est en bermuda, l’été s’est sans doute installé à Shenzhen. Il n’est plus écrasé par la ville, il a choisi d’y être. Que signifie l’étoile sur son tee shirt ? Et c’est de quelle couleur ? J’aimerais pouvoir lire les idéogrammes sur l’affiche du fond. |
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31 mai 2008 |
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Un magnifique éclatement, comme un refus de se figurer et en même temps une façon de le faire. Exploser l’image pour assumer l’espace. Brillant… |
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30 mai 2008 |
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Rien reçu… Mais si, c’est juste perturbant parce qu’horizontale et que je n’avais pas vue dans la série. Une image un peu désespérante dans un univers, celui sans doute de son travail, où il devient, volontairement, un élément mineur, une puce, un non être. |
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29 mai 2008 |
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Il n’a jamais fait plus flou. Ni plus violent !!! Je veux bien croire que c’est lui, sur la gauche de l’image, douloureux. |
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28 mai 2008 |
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Je n’y comprends pas grand chose, … Un paysage sur un corps, avec des poils, pubien s ? Vraiment space. Pourquoi pas … |
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27 mai 2008 |
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En extérieur, de nuit, comme s’il retrouvait la ville après une longue absence. Dans une rue piétonne dont les terrasses de cafés et restaurants sont occupées et éclairées. Comme je n’aperçois pas les tours, je me demande si c’est vraiment à Shenzhen. Mais sans doute. Je ne sais s’il mange ou consomme là. Il rentre à peine son profil dans le cadre, comme s’il voulait retourner à cette vie urbaine avec le maximum de discrétion, sur la pointe des pieds – ou du visage. |
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26 mai 2008 |
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Chez lui, sans doute au matin. A moins que ce ne soit avant qu’il ne se couche. Tête légèrement baissée, je le sens las. Et je ne sais rien. Il n’accompagne les images d’aucun texte ni de la plus minime information. |
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25 mai 2008 |
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Ombre à nouveau, mais sur une autre modalité, qui peut aussi bien évoquer les recherches graphiques et plastiques des avant-gardes au vingtième siècle, mais qui joue avec l’étrangeté du sentiment qui hante ses images des derniers temps. Entre ombre et radiographie, entre image de bébé et dédoublement, entre variations de gris sensuels et énigme qui pourrait être douloureuse. |
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24 mai 2008 |
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Oui, son ombre sur des décombres. Une image de lui sur des feuilles qui vont disparaître. J’aimerais bien pouvoir lui parler. Tristesse . |
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23 mai 2008 |
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Seul, plus simple que jamais, plus absent qu’il ne l’a jamais été, il laisse les gris de la photographie le représenter. Il n’est pas là. Il a juste accompli son devoir du jour. J’ai rarement vu une image qui soit une telle absence. |
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22 mai 2008 |
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J’ai cru qu’il était vraiment blessé, très mal. J’ai reçu cette image comme un coup de poing. Si c’est une plaisanterie, elle n’est pas du meilleur goût. Il se sent sans doute blessé comme les centaines de milliers de victimes du tremblement de terre. Ce que je peux comprendre. Mais comme il ne me dit rien, je dois faire avec les images. Celle-ci est vraiment très dure. Lui en victime… Pourquoi ? |
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21 mai 2008 |
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Terriblement troublant, à la fois doux et douloureux, cet auroportrait qui conclut peut-être la série sur le tremblement de terre. Il ne dit rien d’autre qu’une lassitude que les mains croisées, les yeux fermés, l’abandon et l’inconfort laissent paraître sous la lumière. Il n’en peut plus, et la lumière le sculpte, le caresse. J’en suis bouleversé. |
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20 mai 2008 |
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Sur l’écran de son ordinateur, au bureau sans doute, encore des images du tremblement de terre. Lui n’a, finalement, guère d’importance, en contrejour, en petite tache noire. Je n’arrive pas à le joindre au téléphone. J’ai décidé d’allumer une bougie, comme lui, comme eux. Mais ce terrible drame n’a rien à voir avec la monstruosité de ce qui se passe en Birmanie. |
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19 mai 2008 |
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Il s’est intégré, « collé » à sa manière, toujours sur la gauche, dans une cérémonie d’hommage aux victimes. Il ne fait pas vraiment partie du groupe de collégiens (les filles sont les plus visibles), mais il est là. Lui n’a pas de bougie, mais il est grave. Ce qui n’est pas vraiment un changement. |
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18 mai 2008 |
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Le voici en personnage de Bacon. Déformé, torturé , bougé et monstrueux. Comme s’il était sorti de lui-même. Est-il mal ? |
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17 mai 2008 |
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Strict, de profil, plus dur que jamais et de nuit. Rien à dire, finalement, si ce n’est cette évidence qu’il impose. Un masque de lui-même. Superbe et couv possible… |
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16 mai 2008 |
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Retour vers la droite, mais version flou, sur fond d’écran d’ordinateur, net aujourd’hui. Je me demande ce que sont les horreurs qu’il regarde. Les victimes du terrifiant tremblement de terre dans le Sichuan ? Certainement. Et c’est peut-être en raison de cette actualité qui a dû l’occuper au journal qu’il n’avait pas envoyé ses images, même s’il est clair qu’il a chaque jour opéré la prise de vues. |
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15 mai 2008 |
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Chez le coiffeur, sans doute, Aniu, tête renversée, s’amuse, comme le montre l’esquisse de sourire sur ses lèvres, de cette vue en surplomb, de cette mise à plat sur fond blanc. |
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14 mai 2008 |
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Il a rejoint la gauche de l’image et sonvisage, très net cette fois, est plus présent, moins affecté par le cadrage. Des brillances, toujours son air fermé, et la barbichette bien présente. |
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13 mai 2008 |
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En intérieur, chez lui ou au bureau, devant un écran d’ordinateur dont je ne peux lire vraiment l’image floue (une femme ?) . Il a choisi de se mettre sur la droite de l’image, mais toujours avec ces cadrages tranchés qui mutilent son visage. |
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12 mai 2008 |
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Martial, ferme, tendu, vraiment très présent. Et en plein soleil. Il faut chercher son regard dans l’ombre de la visière de sa casquette qui mange le haut de son visage. Je comprends mal où il est, sans doute sur une terrasse, près d’un restaurant dont je devine un siège en plastique blanc, comme on en voit dans le monde entier, à l’arrière plan. |
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11 mai 2008 |
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Le revoici calme et sans effet, posant clairement et simplement derrière la fenêtre de son appartement (j’en déduis, peut-être à tort, qu’il a un balcon, une terrasse peut-être. Mais c’est peut-être un reflet… Je m’en moque. Je suis simplement heureux de le retrouver en pied, debout, et qu’il me regarde, très sage, alors qu’un rai de lumière le tranche sans l’atteindre. Nous sommes à nouveau en phase avec le calendrier. |
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10 mai 2008 |
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Je sens, alors que Paris explore ses possibilités de canicule, qu’Aniu a décidé d’envoyer les images, dont je suis certain qu’il les réalise chaque jour, par petits paquets, par deux de préférence… Continuons ainsi vers l’été.
Aujourd’hui, c’est peut-être une autre possibilité de couverture, nocturne et onirique, renouant avec la nuit, terriblement savante et sophistiquée. Reflet, une gamme parfaitement complète de gris, des blancs en brillance, une pointe de noir en angle supérieur pour installer l’ensemble et, surtout, un jeu de graphisme et d’absence qui l’impose et le dédouane. Comme un photomontage imaginé dans les années trente et bien d’aujourd’hui, dynamique et futuriste, venu de Shenzhen 2008. J’aime la façon dont, sur le bas de son visage, une abstraction aligne son profil en découpe sur les bâtiments qu’il occupe en statuaire. |
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09 mai 2008 |
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Il est rentré chez lui et le cadrage est redoutable. Net, tranchant, radical et tendre à la fois. J’ai rarement vu aussi précisément sur une photographie cette délicate vague des paupières asiatiques qui ourle le regard, prête, à chaque instant, à le masquer, et qui tant de fois le révèle. Il y a là tant de douceur qui peut précéder la dureté… J’en conserve la douceur. L’inévitable bouilloire, qui nourrira le thé, est impeccable et design. Est-ce vraiment chez lui, là où je ne suis jamais allé ? Pour distraire mon regard de cet œil tellement souple, je m’attache au col de son polo et à ces « accidents » savamment travaillés qui le rythment et qui me plaisent. Fashion victim ? Je ne crois pas, c’est juste mon ignorance des « tendances » de la mode, aujourd’hui. Tout d’un coup, je me dis que ce pourrait être une couverture pour le livre. |
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08 mai 2008 |
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Le voici qui fait le pitre, casquette et lunettes noires « fashion » , comme s’il était aux commandes d’un vélo ultra-chic portant fanion de la république Populaire ! Tout cela sur fond d’entrée de ce qui pourrait être un hall d’exposition pour une foire de l’automobile, du livre, de la piscine, de l’informatique ou de la mode comme elles se dupliquent partout dans le monde, identiques, éloges de lan consommation et des « tendances »… Toujours sur la gauche de l’image, apparemment plus jeune que je ne l’ai jamais connu, il joue merveilleusement des stéréotypes. Et si c’était une manifestation « patriotique » anti-française, à défaut d’une attente de la flamme Olympique qui doit plutôt être en route vers les sommets de l’Everest où des militaires, basés à 6500 mètres d’altitude, interdisent tout accès aux éventuels trublions. En tout cas, à Shenzhen, il fait beau. A Pais aussi, comme à Milan.
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07 mai 2008 |
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Dans le métro, dans un tram, quand il s’est installé, contrairement à son habitude, sur la droite de l’image, il continue à ne rien exprimer, il se cache même, ce qui est aussi une façon de s’exprimer. Mais de lui, je ne sais rien de plus |
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06 mai 2008 |
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Je m’habitue au fait qu’il ne m’envoie les images que quand il a le temps. Parfois avec du retard, comme aujourd’hui. Mais comme je sais qu’il a respecté la règle du jeu et réalisé un autoportrait chaque jour, ce n’est pas tr ès grave. Sauf que je suis en attente…
Aujourd’hui, cadrage dur, qui mange le haut de son visage et le fait disparaître. Pourquoi pas… Présent et absent, une fois de plus… Mais, alors qu’il ne veut pas être victime de son autoportrait, il défie l’objectif du regard… |
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05 mail 2008 |
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Je sais qu’il aime bien les reflets, les dédoublements, les superpositions. Mais cette vue urbaine banale sur laquelle s’inscrit son ombre qui pourrait venir des années trente me surprend. Je ne sais qu’y voir, entre puissance, mystère, inquiétude, jeu graphique. Mais je l’aime bien et la range dans la catégorie des énigmes qui feront sans doute sens à la fin. |
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04 mai 2008 |
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Toujours sur la gauche de l’image, dans un cadrage dur qui tranche son visage sans expression. Mais c’est de jour et Aniu n’est pas seul. Les deux personnages à
l’arrière plan témoignent de l’existence d’autres êtres humains dans la ville où il habite et se photographie. Mais il ne semble avoir aucune relation avec eux, qui font partie du décor. Il a l’air plus jeune que jamais… |
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03 mai 2008 |
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Que cherche-t-il dans le ciel de Shenzhen, au delà du grillage qui lui barre la route ? La ville, tramée, est au loin et, par cette nuit de lune, tenue à distance, n’est plus écrasante. Je ne vois pas le visage qui recueille la lumière, mais semble détendu, presque émerveillé. Mystère … |
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02 mai 2008 |
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Où ? Je ne sais et ne saurais jamais. Une idée du profil. Une affirmation de la présence du corps qui nie le visage. Et les gris qui continuent à organiser l’espace pour un semi abandon dans lequel il ne se représente pas. C’est quoi ce lion en plâtre, au fond ?
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01 mai 2008 |
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Cela fait donc quatre mois que nous jouons à ce jeu , qui n’en est plus un , qui devient un étrange objet silencieux par lequel nous dialoguons sans nous parler. Je ne sais rien de plus d’Aniu qu’au premier jour et lui ne sait rien de moi. Pourtant ces images sont là et elles excitent mon envie d’écrire . A la fois une obligation, pour rester fidèle au contrat de base, et un plaisir qui laisse les surprises et les déceptions, les découvertes et les angoisses à leur place. J’ai le sentiment, je ne sais pourquoi, que nous en sommes à une étape, alors que je viens de recevoir, ensemble, les deux premières images du mois de mai.
Floue, presque constructiviste, la première renoue avec la nuit mais elle vibre de ces incroyables gris qui construisent une image, générée par le numérique, et que l’argentique n’aurait pas pu imposer de façon aussi claire. Toujours sur la gauche de l’image, Abiu est absent à sa manière. Juste là pour organiser l’espace graphique. Il y a une brillance sur sa pommette droite |
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30 avril 2008 |
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Le mois se termine. Le quatrième. Et j’ai le sentiment que , bien qu’il ne s’agisse pas d’un dialogue mais d’un échange étrange, nous avons envie de continuer. De dialoguer d’une façon qui allie autisme et expression, s’exposer et se protéger, s’abandonner, se dire et ne rien livrer. Etre là (référence à Barthes) quand ce que je reçois est déjà du passé et qu’il l’était lors qu’il m’était envoyé. Occupant toujours la gauche de l’image, englué dans un univers de poulpes métalliques qui l’enserrent, Aniu s’expose. Danger, angoisse, rien n’est dit et reste une douleur d’image qui ne se transcrit pas sur son visage. |
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29 avril 2008 |
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C’est arrivé pendant que j’étais dans l’avion, durant treize heures, entre Buenos Aires et Paris. Elle m’accueille à l’arrivée comme une manière de rattraper le décalage, comme pour me confirmer que je suis retourné à mon temps « normal », désormais rythmé par l’attente de l’autoportrait d’Aniu. Où est-il aujourd’hui ? Dans un hall d’immeuble, dans une entrée de métro, dans le lobby de son journal ? Est-ce qu’il attend un ami ou tue le temps en attendant que quelqu’un le reçoive ? L’espace est décadré, avec des fuyantes basculées et énigmatiques
et la lumière dessine doucement les contours de son visage toujours sans expression. J’ai l’impression que, je ne sais pourquoi, il privilégie la gauche de l’image en installant là son visage qui structure et pose un espace en déséquilibre. |
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28 avril 2008 |
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Un profil, presque parfait, pur. Il regarde à travers la vitre la lumière qu’il reçoit et qui le révèle. Mon regard retourne sans cesse vers la charnière de la
fenêtre. |
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27 avril 2008 |
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Je reçois celle du 25, en même temps que celle du jour, mais sans explication… Oubli d’envoi avant le week-end, certainement.
Dans les mêmes tonalités, plus contrastées, plus agitées, mais en l’absence cultivée de netteté, un autoportrait plus torturé, à la limite halluciné, sur fond de rythme savant des escaliers. Reste le blanc de l’œil, comme un cri. Comme aveugle. |
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26 avril 2008 |
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Sur une terrasse, à Buenos Aires, je viens de recevoir celle du jour. Que j’adore. Aniu a renoué avec la nuit mais avec une subtilité et une sophistication qui me touche vraiment. Un reflet, une fenêtre, dans une tonalité totalement différente de celle qu’il avait mise en œuvre pour se dissimuler derrière la lumière. Tout est plus complexe, incroyablement vibrant et la barbichette continue à pousser. Mais je n’ai pas reçu celle du 25 ! Erreur ou ??? |
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25 avril 2008 |
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En plein flou, dans les gris, sur fond de pics traversés de lumière qui pourraient être agressifs, et pourtant l’image est douce, à la fois étrange et calme, et évite le sentiment de disparition qu’ont parfois imposé ses essais sur l’absence de représentation, de figuration directe. |
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24 avril 2008 |
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Un sous-sol sinistre, un tout petit Aniu, assis sur une chaise, écrasé par le lieu et seul à nouveau. Est-ce un parking ? Est-ce au journal, ou tout
bonnement dans l'immeuble où il habite ? Je n'arrive pas à distinguer ce qu'il y a sur la gauche de l'image. Des extincteurs ? Des bonbonnes d'eau ? |
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23 avril 2008 |
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Un Aniu "social", pour la première fois... Il est au restaurant et fait comme s'il s'était retourné et avait été surpris par l'objectif. Convaincant et amusant. Mais qui est le personnage à lunettes attablé près de lui ? |
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22 avril 2008 |
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Qu'est-ce qui lui prend, dans ce studio, sans doute au journal. Première fois qu'il évoque sa pratique professionnelle. C'est un peu le bordel, mais il n'a
pas l'air mal. Il ne sait pas que je suis en Argentine et que nous sommes donc aux bouts du monde, avec pres de douze heures de décalage. Mais les images parviennent naturellement.... |
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21 avril 2008 |
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Un train, un bus, je ne sais. Mais il se déplace. En ville ? Vers une autre destination ? Il a choisi un point de vue horizontal qui, finalement, le montre moins que ses compagnons de voyage endormis ou cherchant leurs affaires. Il a décidé de ne pas regarder l’objectif. |
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20 Avril 2008 |
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Horizontale et de jour. Inédite dans la série, même s’il reste de dos. Mais il y a quelque chose comme de l’espoir dans cette façon de regarder l’horizon. Je
pars pour le bout du monde, l’Argentine, avec plaisir et avec des angoisses. J’espère que le dialogue avec Aniu ne va pas s’interrompre. |
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19 Avril 2008 |
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Là, c’est une vraie surprise. Aniu ne connaît pas, ou en tout cas pas bien, l’histoire de la photographie. Et voici qu’il se met en scène, dans une image jouant du net et du flou, du miroir et de la fragilité du reflet en un dialogue implicite avec des images des années trente. C’est la première fois que je pense que ce pourrait être une magnifique couverture pour le livre que nous avons envie de tirer de ce dialogue silencieux. |
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18 Avril 2008 |
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Voici qu’il se dédouble, pour un bel autoportrait de photographe avec appareil qui dialogue avec l’histoire de la photographie, avec des conventions que le cadrage malmène. Retour intense de l’œil, le même et différent, à deux reprises. Comme une nouvelle proposition qui m’enchante et qui utilise une fois de plus les gris avec émotion. |
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17 Avril 2008 |
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« Vue de la fenêtre avec l’auteur flou en premier plan, de dos ». Shenzhen est dans le fond, mais, pour une fois, la ville n’est ni monumentale, ni écrasante. Aniu doit être chez lui ou, en intérieur, se sent protégé. Mais il continue à baisser la tête et ne se « représente » pas.
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16 Avril 2008 |
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Au début, sur mon petit écran, je ne l’ai pas vu ! Dans cette horizontale qui doit être à Shenzhen si j’en crois les tours au fond (mais aucune certitude…) il s’est allongé dans l’herbe. Epuisé en fin de journée ? Juste par jeu ? Impossible à savoir, mais l’ambiance, de nuit à nouveau, n’est pas gaie… Que se passe-t-il ?
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15 Avril 2008 |
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Je ne sais toujours pas où il est. Mais il est d’humeur joueuse. Est-ce parce que le beau temps est de retour qu’il s’amuse derrière la plante en utilisant les ombres avec humour. Il est méconnaissable, ne serait la barbichette… |
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14 Avril 2008 |
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13 Avril 2008 |
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Incroyable : il m’envoie deux images et rattrape le calendrier et, en plus, il m’explique :
Dear Christian,
sorry, the last image that you recieved was taken 7th April, you can delete it.
For I was traveled in Sicuan province between 8th and 12th April, and I was too busy to forgot to take a selfportrait in 11th .
Hope you all well,take care, MISSING YOU!
Aniu
Faisons le point : il m’a envoyé deux photos prises le 7 et, comme il ne veut pas tricher, vous ne verrez pas la seconde, que je garde pour moi. Il est parti pour
le Sichuan (mais je ne sais pas pourquoi, il ne le dit pas et je ne vais pas le lui demander tout de suite, pacte de discrétion oblige). Et il a le même sentiment
que moi, d’une certaine manière et avec ses mots et sa pratique difficile de l’anglais : nous menons, de façon sérieuse, et avec la réelle envie de le mener à bien et à bout, et nous nous manquons l’un à l’autre.
Son « MISSING YOU », au delà d’une proximité, d’une envie, dit bien tout le manque qui nous guette lorsque, même avec la volonté de dialogue, alors que
nous sommes à des milliers et des milliers de kilomètres, l’échange d’images virtuelles, dès qu’il dépasse le jeu en se confrontant à la durée, n’est pas encore vraiment satisfaisant…
Je ne n’ai presque plus envie de parler de ces images là, ce soir, de les commenter. Juste dire que celle d’hier, celle du 12, avec son arrière plan d’arbres
graphiques et de toit qui me renvoie à la Chine est, dans son absence de netteté, dans la lumière qui souligne son front, une variation de ce qu’il nous a déjà envoyé. Elle est tendue, sombre, mais elle respire mieux que lorsqu’il est à Shenzhen. Et celle d’aujourd’hui, celle du 13, que je trouve où je rentre épuisé de Moscou, me sidère. Derrière une vitre, jouant à la fois de façon savante et spontanée sur les reflets et les déformations, un nu qui convoque Bacon pour le visage, sa propension au fantôme, une présence et la disparition. En Asie du Sud-Est, les « Py », les manifestations complexes des disparus, qui fascinent et effrayent à la fois, font partie de la vie quotidienne. Jusqu’à nous rendre incompréhensibles certains comportements. Là, cette image que je n’attendais absolument pas me trouble, je n’arrive pas à l’analyser sur l’instant. Je la reçois comme énigme bouleversante et mon regard se réfugie dans le rideau.
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12 Avril 2008 |
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(L'image a ete supprimé entre temps), C’est arrivé tôt. Une image de nuit. Mais l’a datée du 07-04. Quelque chose ne va pas. Avant de la commenter, je lui un envoie un message pour savoir à quoi m’en tenir. En espérant qu’il me réponde.
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11 Avril 2008 |
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Je n’avais rien reçu depuis trois jours et je commençais à me demander ce qui se passait. D’autant qu’ Aniu, qui n’est décidément pas bavard, ne répond pas à mes demandes. A croire que l’air de Moscou où je suis en ce moment, ne convient pas à notre dialogue… Mais là, trois d’un coup. Je remonte le calendrier. |
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10 Avril 2008 |
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Il y a peu de chances que ce soit à Shenzhen. Et puis, c’est de jour. Est-il retourné dans sa petite ville d’origine ? En tout cas, pour la première fois depuis trois mois, il y a de la vie et des enfants qui jouent. Dans ce cadrage très serré il a surtout photographié sa barbichette. |
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09 Avril 2008 |
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Toujours dans un aéroport, mais à l’horizontale, ce qui convient mieux aux avions. Toujours le je de silhouette, lui de dos, bien sombre sur le fond gris. S’il s’en tient rigoureusement à une image par jour, cela signifierait qu’il est arrivé à destination. Mais où ? |
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08 Avril 2008 |
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Il est à l’aéroport. Il part pour quelque part. Mais pour où ? Joli jeu en contrejour d’un autoportrait qui se réduira à une partie de sa main, bien noire sur fond de grisaille, qui joue à attraper les avions. |
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07 Avril 2008 |
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Yeux baissés à nouveau, mais en intérieur, dans la rampe de ce qui doit être un souterrain permettant de traverser une grande avenue, ou peut-être une sortie de métro (je me rends compte que je ne sais pas s’il y a un métro à Shenzhen…), il est calme, tout en douceur malgré le cadrage qui tranche son visage. Et il n’est plus seul ! Il y a d’autres habitants, même un à vélo, qui se dirigent comme lui vers la sortie. |
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06 Avril 2008 |
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Aniu a encore attendu que la nuit soit tombée pourfaire son autoportrait. Mais l’image est d’une incroyable douceur portée à la fois dont les gris tremblent sur les noirs, se déclinent, l’incluent à un univers au format intime. Il baisse les yeux mais à l’air appaisé. Je trouve ce portrait émouvant. |
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05 Avril 2008 |
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Nuit définitive. Il est bien à Shenzhen ! Les tours de la ville comme fond de décor et la petite silhouette qui cherche une porte de sortie, qui semble avoir besoin d’espace pour oublier la modernité écrasante de cette ville artificielle. Une fois de plus, la solitude. |
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04 Avril 2008 |
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Extérieur nuit. Et en horizontale. Je me demande si c’est à Shenzhen. On se croirait plutôt dans une petite ville, dans une campagne et Aniu a décidé de redevenir fantôme. Je n’ai aucune idée de ce qu’il pense, éprouve, vit. Il ne répond pas aux messages que je lui envoie de temps en temps. Sans doute trop occupé, ou difficultés avec l’anglais. Plus aucune nouvelles de son film de cinq minutes sur le temps. Je vais le questionner à nouveau. |
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03 Avril 2008 |
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Il a réussi à se cacher derrière la lumière ! J’adore l’idée, que seule la photographie peut permettre et j’aime tout autant la réalisation. Magnifique journée. |
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02 Avril 2008 |
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Les deux sont arrivées en même temps. Deux cadrages durs qui ne laissent qu’une petite partie de son visage au premier plan de l’image. Hier il était sur
la gauche, son œil dialoguant avec une grande tache de lumière. Aujourd’hui, il est sur la droite et il semble s’être coiffé d’une étrange mèche, lui qui n’a que de tout petits cheveux. Mais nous avons retrouvé la nuit et la barbichette est toujours là.
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01 Avril 2008 |
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Rien reçu ! Avril ne commence pas au mieux… Mais c’est sans doute son poisson à lui… |
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31 Mars 2008 |
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Et le mois se termine à la verticale, un Aniu flou et un lion gardien d’entrée, bien net, lui… Quelles surprives va nous réserver le printemps ? De l’extérieur jour peut-être… |
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30 Mars 2008 |
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Pour ne pas terminer le mois comme nous l'avons commencé, une image horizontale, en plein jour, qui laisse la ville derrière et ouvre sur la mer. La barbichette continue à pousser, mais il y a
aujourd'hui une respiration, un calme, une étendue du regard qui me manquaient. Bien que strict, cet autoportrait, contrairement à tant d'autres, respire. Bonheur. Mais qui sont les mariés qui ne servent que de décor ? |
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29 Mars 2008 |
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Qu’est-ce qu’il fait ? Je n’y comprends rien… Est-ce le week-end qui lui permet de se lâcher, de jour ? Enfin une image ludique, derrière la végétation, même s’il reste fort sérieux dans sa relation à l’objectif. Lui strict et tendu face à l’objectif après s’être mis en scène sur le banc. Et il fait semblant d’être à la campagne, comme moi… Joli moment. |
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28 Mars 2008 |
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C’est quoi cette histoire de rideau, de disparition évidente, de truc au flash que je n’aime pas ? L’image n’est pas nulle, si j’admets qu’il n’est pas évident de décliner l’exercice sur 365 jours, mais j’ai du mal à la connecter aux précédentes . Mais, plus négative et énigmatiques que toutes les précédentes, je la perçois comme agressive. Redondante avec la sinistrose parisienne qu’ignore Aniu…. |
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27 Mars 2008 |
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Bonheur de la récolte quotidienne en ouvrant les mails… Et une très belle surprise, vraiment photographique, pour cet autoportrait tellement subtil, qui laisse la lumière à l’œuvre. Un jeu de miroirs déroutant quand le reflet devient le positif et que le visage brûlé de lumière apparaît comme un négatif. Indatable, ailleurs, un des plus troublants depuis le début. |
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26 Mars 2008 |
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Je n'avais rien reçu depuis presque une semaine et je me suis un peu énervé. Aniu avait-il abandonné ? Il me répond avec sa gentillesse habituelle et je comprends que l'image incompréhensible était celle de son départ, porte 5, pour Shanghai. |
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25 Mars 2008 |
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Je ne sais si c'est le cas, mais j'ai l'impression qu'il est rentré à Shenzhen. Ambiance froide, cadavre ou fantôme en arrière-plan. Et la lumière qui fait des siennes, en miroir, en étincelles, venue d'on sait où, mais finalement plus présente que lui qui se refuse à l'objectif. |
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24 Mars 2008 |
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Il n'a jamais fait si flou, mais j'aime bien. Cet étagement des gris, qui ne nous renvoie finalement qu'à des formes, est bien moins angoissant que d'autres images qu'il a envoyées et affirmées. Mais où est-il ??? |
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23 Mars 2008 |
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Impossible de savoir où il est: je ne sais pas lire les indications écrites à ce qui pourrait être une station de bus. Mais il aime toujours se photographier de nuit. La barbichette est toujours là, en progression, mais in ne regarde pas l'objectif, ne me regarde pas... |
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22 Mars 2008 |
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Avant son départ ou à l'arrivée ? Cadrage et lumière durs. Environnement peu accueillant. Transit ? Je ne sais. Il fait comme s'il n'était pas là et la seule chose qui compte, finalement, est cette minuscule portion de son visage brûlée par la lumière. |
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21 Mars 2008 |
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Hier je n’avais rien reçu. Il est donc normal que j’en reçoive deux d’un coup aujourd’hui. Mais tout cela est bien énigmatique : Hier, il semblait être à l’aéroport, à la porte d’embarquement numéro 5. Pour où part-il ? Toujours sérieux et impassible, il ne me donne aucune information, même s’il joue le jeu de notre dialogue avec rigueur…
L’image d’aujourd’hui est une des plus surprenantes depuis le début, qui semble ne pas appartenir à la série… Une composition aussi radicale que le cadrage qui tranche son visage. Et de jour, nimbée de gris, quand son visage au premier plan désamorce l’anecdote du passant au téléphone portable. Où est-il ? |
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20 Mars 2008 |
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19 Mars 2008 |
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La nuit reste une constante, la solitude aussi. Mais, alors que le mois dernier, la ville était souvent triomphante, avec ses tours qui dominaient ou envahissaient l'espace jusqu'à rendre Aniu minuscule, aujourd'hui, comme hier, elle est dégradée. Comme un écran sur lequel se détache la silhouette volontaire, le pilier au béton écaillé, cousin de la palissade dégradée de la veille redonne étrangement une dimension humaine, une proximité au personnage. |
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18 Mars 2008 |
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Une nouvelle nuit, et Aniu toujours seul... Mais le décor a changé, qui allie la brutalité de la palissade métallique défoncée et l'arbre au fond, dans la lumière. J'aime l'étagement des plans et je ne peux comprendre ce qui est collé sur la palissade...
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17 Mars 2008 |
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Même si nous sommes toujours de nuit, même si nous sommes toujours en ville, l'ambiance est soudain complètement différente. Quelque chose de calme, de bucolique presque, avec ce sentiment d'être au bord de l'eau et que la nature est accueillante, que la ville n'est plus douloureuse. Etrange pose pour ce portrait cadré large, comme si Aniu faisait un exercice. Un envoi dont je ne sais pas exactement pourquoi il me touche, m'émeut. |
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16 Mars 2008 |
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Je rentre du Salon du Livre interrompu par une alerte à la bombe qui a tout désorganisé et je trouve ce nouvel autoportrait au bord de l’effacement et de la disparition…
Sur les matières de la nuit, un Aniu fantomatique et cependant en mouvement. Etrange sentiment… |
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15 Mars 2008 |
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Il fait nuit et, après le travail, un cadrage sec, presque brutal et l'oeil qui brille. Mon regard revient sans cesse vers la pupille et h'oublie vite l'arrière fond. La barbichette pousse... |
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14 Mars 2008 |
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J'en reçois trois d'un coup. Dont celle du 11, celle du restau, répétée...
Pour le 12, retour à la nuit et à la solitude, mais Aniu ne semble plus écrasé par la ville. Il existe, timidement et discrètement sur la gauche d'une image pétillante de lumière et il regarde l'objectif, vers moi en somme, comme s'il avait décidé de ne plus tourner vraiment le dos, bien que cela l'ait tenté.
Le 13, toujours de nuit et dans la rue, un jeu d'ombre chinoise en gros plan, avec ces cadrages serrés qu'il affectionne. Mais il n'est plus seul: au second plan, il y a une fille, devant une vitrine. Tout cela reste étrangement mystérieux puisque seul le cadre les réunit alors qu'ils ne se connaissent peut-être pas. Mais qui sait ???
Parking sinistre, comme tous les parkings. Marqué en plus d'une inquiétante tache au premier plan. Et Aniu qui porte son vêtement comme un SDF sa couverture. Une sinistrose qui fait écho à l'ambiance sordide d'un Paris gras de pluie fine, d'humidité, de doutes et de médiocrité. C'est pas la forme...
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13 Mars 2008 |
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Toujours rien... |
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12 Mars 2008 |
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Rien reçu. J'ai envoyé une réclamation ! Et j'ai reçu à nouveau la photo d'hier ! Ca ne va pas. |
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11 Mars 2008 |
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Aniu est rentré chez lui et m’envoie son portrait. Il l’a fait en sortant du travail sans doute, dans un restaurant, avant de manger sa soupe. Même s’il occupe, en gros plan, une partie importante de l’image sous la visière de sa casquette, c’est la première fois qu’il me donne à voir, en arrière-plan, quelque chose du quotidien à Shenzhen. Du sien aussi… |
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10 Mars 2008 |
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Décidément, ce sera de nuit ! Mais il a l'air de faire moins froid. Aniu est toujours aussi seul dans cette ville qui me semble de plus en plus impossible. Mais il a pris du champ, de la distance. Il est enfin au premier plan et la ville ne lui sert que de décor. Mais il est étrangement absent... |
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09 Mars 2008 |
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Image transmise à temps selon le contrat, mais aucune réponse sur l’étrange ville qui reste une énigme. Et une vue tellement triste, dans laquelle il s’implique à peine en entrant, absent, sur la gauche. Et ce que j’avais vu, au premier regard, de végétation, se révèle totalement factice. Où sommes-nous ? |
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08 Mars 2008 |
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D’une ponctualité rare, peut-être parce que c’est samedi et qu’il est moins pris par son travail. Un portrait tout simple, sur lequel il me semble fatigué, mais avec une belle invention lumineuse sur le fond, comme un rythme musical. Toujours pas d’explication sur la mystérieuse ville tellement « spéciale »…. |
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07 Mars 2008 |
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Je n’avais rien reçu hier et pensais donc en recevoir deux aujourd’hui. Il y en a bien une, mais accompagnée d’un messagé :
Dear Christian, I moved to the other city last night, I could not take picture as there is a specile place, so I missing the image20080306... Take care. Aniu
De nuit et avec le jeu des diagonales, je remarque surtout que la barbichette a poussé ! Puis une forme
inhabituelle d’abandon, en même temps très volontaire, et le dessin marqué de son maxillaire. Il faut que je lui demande quelle est cette « autre ville » et pourquoi elle est si « spéciale ». Au point qu’il n’ait pu y réaliser son autoportrait… Pour l’instant tout cela est codé et je n’ai rien pour décrypter… L’étrange ville sera donc, pour l’instant 20080306, celle de la photo manquante. |
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06 Mars 2008 |
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05 Mars 2008 |
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La nuit, à nouveau, de dos encore, sur un parking dominé par les tours. Shenzhen reste toujours aussi inhospitalière dans cette chronique. Comment y vit-on au quotidien ? Ces photographies ne m'en disent rien, finalement. |
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04 Mars 2008 |
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Décidément, ce sera de dos, et de nuit. Shenzhen, tellement clean et écrasante le mois dernier devient bordélique, un peu minable, hantée par les voitures. Et la lumière transperce Aniu qui ne répond à aucun de mes messages, qui ne dit rien ni de lui ni de son film sur le temps. Pourtant le temps s’écoule… |
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03 Mars 2008 |
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Il recommence ! De nuit, de dos, avec ce désespoir de Shenzhen face à lui. Je vais lui écrire en lui demandant que la vie s'installe dans notre dialogue. En fait, je ne le ferais pas, cela ne fait pas partie de la règle du jeu qui implique que chacun concerne son intimité et son mystère, voire son absence. |
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02 Mars 2008 |
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Une horizontale pour le retour à la ville, à la nuit, à une vue de dos. Aniu se bute sur la ville, lui fait face et se heurte à elle. Sentiment d’emprisonnement. Il a dû prendre l’image en sortant du travail. |
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01 Mars 2008 |
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Mars commence par une image à la fois grise et lumineuse, cadrage strict, grands yeux, élégante. Aniu m’a l’air moins fatigué et plus déterminé que ces dernières semaines. Pure illusion, bien entendu, pure interprétation de ma part. Mais je suis heureux que, alors qu’il n’a cessé de se dissimuler, de se perdre dans la ville, de s’estomper, nous retrouvions cette idée du face à face, à dix mille kilomètres de distance. |
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29 Février 2008 |
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Le 29, un portrait frontal, sombre, structuré de brillances. Pas d’expression quand les ombres mangent le visage et que je cherche le regard dans la tonalité bougée de l’ensemble. Ca y est, nous avons clôturé notre deuxième mois. Le temps passe… |
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28 Février 2008 |
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Je les ai reçues le 2 mars au matin, avec un aveu : le 28, Aniu à oublié de faire son autoportrait. Est-ce qu’il a fait la fête ou est-ce qu’il travaillait sur son film sur le temps ? |
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27 Février 2008 |
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Le 27, à nouveau en extérieur, mais pour un jeu d’ombres qu’il n’avait jusqu’ici pas pratiqué. Il fait soleil à Shenzhen et, à la limite des ombres d’arbres, il a piégé celle d’un passant, dont seule la chaussure se raccorde à son image en bas à gauche de l’image, comme une intrusion du réel. L’ombre d’Aniu a quelque chose de Friedlander dans un de ses autoportraits. Et le jeu graphique fait que nous ne savons plus vraiment, au premier coup d’œil, qui est qui. Des images de toutes façons… |
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26 Février 2008 |
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Aniu est rentré pour un cadrage sec, un gros plan comme il n’en avait pas proposé depuis longtemps. Et je remarque, évidemment, les poils de barbe qui ornent le bout de son menton et que j’avais oubliés. |
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25 Février 2008 |
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Je ne l’ai reçue que le 26. Sous un lampadaire, toujours aussi sérieux, de profil. Février se confirme urbain et nocturne. L’ombre portée de la visière de sa casquette rend son visage tout à fait inhabituel. Je demande s’il a terminé son film de 5 minutes sur le temps. Il m’a expliqué, dans un texte envoyé hier sans image…, qu’il s’agit de traiter, pour fêter le huitième anniversaire du quotidien de Shenzhen pour lequel il travaille, de reprendre les portraits de ses collègues à l’époque et de se pencher sur eux aujourd’hui. Je vais lui demander de me l’envoyer dès que c’est terminé. |
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24 Février 2008 |
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Toujours la ville, Aniu de face cette fois-ci, et encore la nuit. Je ne sais plus s’il sert à révéler, petit personnage perdu dans un univers froid, le monde qu’il traverse ou s’il a encore en tête l’idée de l’autoportrait. Je m’interroge sur son projet de film sur le temps. Il ne m’a pas répondu à ce sujet. |
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23 Février 2008 |
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Je n’avais rien reçu hier nom plus. Mais voici l’explication : « I forgot to take picture of 20080221/20080222, becasue I was very busy for my new work, it is a 5min film about TIME... I hope you are all well. Aniu » |
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22 Février 2008 |
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21 Février 2008 |
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20 Février 2008 |
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Variations sur un personnage dans la ville, seul, figé, qui préfère la nuit pour se photographier. J’ai rarement eu ce sentiment de la solitude urbaine, d’un complice qui se dissimule autant qu’il se dévoile par petites touches. Aujourd’hui, cependant, il y a les arbres. Mais ils me semblent artificiels, ils semblent dépendre, sous l’éclairage urbain, des voitures qu’ils surplombent. Mon regard est sans cesse aspiré par la perspective des pavés, vers la ligne de fuite. Et Aniu n’est presque plus là. |
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19 Février 2008 |
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Après son escapade en province pour le Nouvel An, Aniu est décidément très urbain. En pied, face aux tours, après la tombée de la nuit. J’ai l’impression qu’il doit faire froid. Et j’aime les gris qui servent d’écrin à cet autoportrait. |
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18 Février 2008 |
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La ville, à nouveau, la verticalité, la nuit. Aniu est de face mais il se dissimule, paradoxe, dans la lumière. Je ne conserverais que le souvenir du mur écaillé sur la droite, vraie présence urbaine et cette silhouette figée qui ne trouve pas vraiment sa place. |
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17 Février 2008 |
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De dos, encore, mais dans la clarté, dans une vibration de gris sur lesquels se détache son bonnet. C’est vraiment une image, terriblement émouvante pour moi. Je ne sais pourquoi. |
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16 Février 2008 |
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Dans cette horizontale tellement noire, j’ai eu du mal à le trouver, lui qui se fond dans la ville jusqu’à en devenir indiscernable. Peut-être qu’il me dit, en hésitant toujours, en résistant, qu’il dépend dorénavant de la ville. C’est pour cela qu’il lui fait face et, qu’une nouvelle fois, il est de dos…. |
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15 Février 2008 |
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Très proche de celle d’hier et en même temps totalement différente, malgré la présence de la ville et de la verticalité, malgré la casquette. Aniu semble être le seul habitant de cette ville qui devient de plus en plus abstraite, comme un décor pour sa solitude. |
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14 Février 2008 |
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Il a installé son appareil sur pied, a soigneusement défini le cadre et, pour cette photo de nuit, joué une fois de plus sur les contrastes. Silhouette sur fond de ville d’aujourd’hui (comme je ne me suis jamais arrêté à Shenzen j’ai d’abord pensé que l’image était peut-être prise dans une zone que je connais de Guanzhou, mais c’est stupide). Aniu s’est transformé en statue. Et il a mis une casquette.
Juste avant son image, il m’a, pour la première fois, envoyé un vrai texte, qui est une réponse à ma question, il y a plus d’une semaine, sur sa ville natale. J’ai envie d’intégrer ses mots à notre dialogue et je ne sais comment faire. Le mieux, et le plus simple, est de le copier ici :
« The place in the image 20080210 is my hometown. I was born there and have lived for my whole childhood. I can see the sunset from this big balcony everyday,
which gives me many chances to cognize the change of patterns. Because I often heard from adults say that the material
make up the airplanes even including wood, I always feel curious about airplanes skipped the sky over the balcony. Since my Dad’s job,
he seldom lives at home. But if he stays at home, he always drinks Chinese tea with other family members in the big balcony after dinner,
which is the best time to my family and we enjoy that until the sun-set.
I still remember that I was bit by a centipede on one night during the
drink time in the balcony so as to I was feeling painful the whole night.
And now,my balcony has been gone, with this old village. »
C’est le 14 très tard, bientôt le 15, et je trouve l’image en rentrant à la maison, après le vernissage de Lea Crespi à la galerie. Surprise. Jamais la ville n’a été aussi présente, écrasante presque. Entre lauriers bien taillés et palmiers, Aniu a l’air rapporté, artificiel, insolite dans cet espace piéton et désert. Il a toujours sa casquette et semble triste. Que fait donc ce petit bonhomme dans cet artifice de ville ? |
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13 Février 2008 |
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Trois d’un coup. Aniu doit être débordé de travail et n’a pris qu’hier au soir le temps de m’envoyer les images. Mais je sais qu’il les a réalisées chaque jour. Je le sais simplement, sans aucune preuve, parce que j’ai confiance en lui.
Sur celle du 10, horizontale, il est toujours de dos. Il doit être encore dans sa ville natale, puisqu’à Shenzen, il n’y a pas de quartier ancien. Le contrejour du 11 est encore plus marqué que d’habitude, c’est certainement au petit matin et je ne devine presque rien de son visage, devenu simple masse sombre pour organiser l’image. Et le 12, à nouveau de dos, perdu dans l’impasse du couloir encombré. Pas très gai, tout ça… |
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12 Février 2008 |
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11 Février 2008 |
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Comme je suis parti en voyage quelques jours, retrouver mes amis Giovanna et Gabriele à Milan et travailler avec eux, je n’ai pas été vraiment sérieux dans notre dialogue… Mais j’ai regardé les images chaque jour. Et j’ai pu constater que la photographie du 5, celle qui s’était « égarée », était finalement arrivée. Je rattrape le temps perdu. Et je perturbe notre calendrier.
Pourquoi celle du 5 est-elle horizontale, qui me propose de le voir, lui, comme s’il attendait sur son sofa quand la porte d’entrée, en métal, est entrebaillée ? Il est donc à nouveau chez lui.
Le 8, il devient formaliste, sur fond de ses coussins, de son sofa, il se transforme en masse noire dont je devine que l’écharpe organise le bas de l’image. Enigme et inquiétude.
Le 7, de dos, encore, l’architecture qui l’enserre, des plantes, des murs lépreux, pas gai, tout ça. Au fond, du linge sèche.
Dans le noir, celle du 9 me bouleverse, presque illisible, juste la lumière sur la main, comme une tension entre caresse et crispation. Nous allons, dès demain je l’espère, reprendre vraiment le rythme quotidien. Et tout cela va bientôt circuler sur Internet. Est-ce bien raisonnable ?
Je n’ai pas encore reçu celle d’hier, mais c’est normal. Nous allons nous réorganiser… |
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10 Février 2008 |
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09 Février 2008 |
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08 Février 2008 |
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07 Février 2008 |
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Toujours pas de nouvelles du 5 ! Mais Aniu semble être toujours dans sa ville d’origine, dont il ne me dit rien. Et il est de dos, une fois de plus… |
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06 Février 2008
C’est bien l’image dâtée d’aujourd’hui avec , pour la première fois, une petite information par le texte: « c’est ma ville natale, je suis venu à l’occasion du Nouvel An Chinois ». Plus deux vues en couleur d’une route, avec une petite ville au fond, des détritus sur le bord. Je n’ai aucune idée d’où est originaire Aniu, mais il est retourné à la nature. Une barrière, sur la gauche, me rappelle Eikoh Hosoe, mais ça n’a rien à voir.
Je demande par mail dans quelle province, dans quelle ville il se trouve. En lui présentant mes vœux, et je réclame l’image du 5 février… Je me dis aussi que me manquent les pétards de saison.
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05 Février 2008 |
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J’ai à nouveau reçu l’image d’hier. Est-ce lié à des problèmes de transmission, à une erreur de manip ? Comme Aniu a toujours son bonnet, j’en conclus que, même au Sud de la Chine qui subit une vague de froid et de neige dramatique, les temps sont durs. |
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04 Février 2008 |
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J’adore ce jeu sur le flou de premier plan, qui évite que le bougé de l’ensemble ne devienne formel et j’ai du plaisir au rythme ternaire de l’architecture. Je me demande si février, contrairement à janvier, va être une affirmation de l’espace, de la ville, du corps et du visage – ou des fragments de visage – sur fond urbain, pour me le donner à deviner. |
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03 Février 2008 |
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Le revoici de dos, face à la ville. Il m’indique la direction de son regard. Je le suis. |
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02 Février 2008 |
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Retour à la verticale, à sa logique de l’autoportrait. Mais la ville est toujours là, en fond, en nécessité. Toujours aussi mystérieux, grave, indiscernable. Je me demande ce qu’il cherche, ce que tout cela représente pour lui… |
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01 Février 2008 |
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Là, il commence fort, pour notre second mois. Première image horizontale, lui de dos face à son quotidien, Shenzen qu’il domine, qu’il me propose, me rappelle. Vraie surprise. C’est quoi la suite ? |
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31 Janvier 2008 |
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Notre premier mois se termine. Paris est infiniment triste, pluvieux, gris. Et le portrait d’aujourd’hui, est gris, Aniu porte toujours son écharpe, peut-être a-t-il froid, lui aussi. Toujours aussi impénétrable mais, aujourd’hui, avec une certaine tendresse. Je vais voir comment nous pourrions instaaller ce dialogue sur le net, le partager. |
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30 janvier 2008 |
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Même cadrage qu’hier, à quelque chose près. Mais la différence tient dans la présence des deux yeux qui regardent. Rien n’est dit. Il n’y a peut-être rien à dire d’ailleurs. Juste une présence. Puis ? |
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29 janvier 2008 |
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Toujours les mêmes problèmes de lecture, réception de l’image. Mais j’ai l’impression d’avoir trouvé, sans être certain… Qu’est-ce que je suis en train de regarder ? Cadrage sec, l’œil gauche, sur la droite de l’image, me fixe. Il ne sert à rien d’autre, inexpressif et tellement pr »sent, qu’à attirer mon attention sur une lumière élégante, étale et subtile, qui modèle le visage troué par la seule intention du regard. RAS, en quelque sorte. |
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28 janvier 2008 |
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Comme je n’avais pas accès à ma messagerie depuis deux jours, je tournais dans ma tête, de temps en temps, une idée de comment Aniu allait se représenter. Le désir d’image s’est décidément installé. Paris est froid, mais contrairement à Delhi où la sècheresse de l’air me ravissait malgré la poussière, je déteste immédiatement l’humidité dégoulinante, sale, qui m’acceuille. Le portrait le plus serré, le plus radical, le plus formel et énigmatique depuis le début. Il pourrait venir des années vingt ou trente. L’œil est toujours aussi impactant, trouant une certaine dureté du masque. Aniu s’est rasé. Quand je fais « zoom pour adapter à la fenêtre », une autre image apparaît, qui a les mêmes caractéristiques, mais dont le plan est plus large. Je me demande si je n’ai pas tout faux, si ne n’ai pas vu sur mon écran ses cadrages décidés par la machine, qui ne sont pas les cadrages originaux d’Aniu. Je dois demander à un technicien, puisque je suis nul dans ce domaine, de mettre en place un protocole qui me permette que je recoive effectivement ce qu’Aniu m’envoie… Doute… Sur l’image qui doit être l’original, Aniu a rasé sa moustache naissante, mais pas son bouc… C’est quoi la réalité quand on ne reçoit et voit que des images ? |
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27 janvier 2008 |
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Le bonnet est de retour, l’écharpe semble toujours être là et Aniu s’efface dans un bougé intense brûlé par la lumière. Les yeux, heureusement, sauvent ce masque blanc d’un visage presque féminin. Ce portrait à la limite de la disparition me bouleverse et me trouble. Correspond-il à quelque chose de particulier, à un doute, à un mal être ? Je le reçois comme une adresse muette et douloureuse. |
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26 janvier 2008 |
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La lumière tombe d’en haut, à la verticale, projette l’ombre du nez sur la lèvre supérieure et modèle le visage impassible. La moustache et le bouc continuent à pousser. L’écharpe, pour la première fois. Aniu veut-il me dire quelque chose ? |
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25 janvier 2008 |
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Aniu a mis son bonnet. Shenzen est peut-être aussi glacial que New Delhi. L’image n’est pas nette, mais la présence est forte, sérieuse dans le cadre serré. J’aime ces gris qui vibrent pour une nouvelle énigme. Qui est Aniu ? |
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24 janvier 2008 |
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A nouveau un cadrage serré. Mais la tête s’est penchée de l’autre côté. Une brillance juste sur le bout du nez et, dans les yeux, au dessus de la pupille que je ne distingue pas, la lumière bouge pour deux vibrations qui animent les globes noirs. Je n’avais jamais remarqué que ses sourcils ressemblent à ses petits cheveux courts sur le front. La barbe repousse lentement et j’ai l’impression d’en savoir de moins en moins sur Aniu. Mais j’aime de plus en plus l’attente quotidienne de son image, l’attention que je lui porte, le dialogue invisible qui nous anime. |
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23 janvier 2008 |
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Reçu celle d’hier et celle d’aujourd’hui ensemble. Celle d’hier est à la fois très proche et très différente de celle de la veille. Cadrage serré, absence d’expression. Mais lumière n’est plus du tout la même, qui dessine l’arrête du nez. Et je sens plus le possible sourire retenu derrière le visage fermé, fatigué peut-être. Pour celle d’aujourd’hui Aniu a tourné la tête mais regarde bien vers l’objectif, vers moi. Il est plus clair, plus lisse, plus reposé, semble plus serein. Il a rasé sa barbichette.
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22 janvier 2008 |
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Rien reçu. Pourtant, cette fois-ci j’ai bien tout vérifié. Depuis hier, je suis à New Delhi. J’en ai informé Aniu. Le fait que je me sois, physiquement, rapproché de lui ne change rien. Nos horaires sont pourtant plus comparables, mais je ne peux m’en rendre compte en voyant l’image. |
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21 janvier 2008 |
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De face, presque dur. Aucun effet, pas d’expression. Juste la lumière qui caresse le front et le bout du nez. Je sens pourtant, mais c’est parce que je le connais bien, un petit sourire retenu derrière cette façade. Aniu reste un coquin. C’est de ma faute. Avant hier, je n’avais pas vu qu’il y avait deux images. Celle qui me « manquait », était bien là. Dans une rue ensoleillée, Aniu s’échappe du cadre dont il occupe pourtant les deux tiers. Pas de visage cette fois-ci. Une après-midi banale dans une ville, n’importe où. Aucun indice, des formes. |
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20 janvier 2008 |
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Reçu, sans un mot, sans réponse. Superbe et dramatique. Chez lui, sans doute. Une surprise avant mon départ pour l’Inde. Et celle d’aujourd’hui ? Il ne faut pas que je me mette à douter de la véracité des dates, même si je suis prêt à assumer toute cette histoire comme la fiction qu’elle est de fait. « On verra bien » comme disait Christer Strömholm. |
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19 janvier 2008 |
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Celle d’aujourd’hui est bien là. Mais aucune nouvelle de celle d’hier. Je vais la réclamer. Samedi. Aniu en a profité pour aller se promener. Dans un bois semble t’il . Tapis de feuilles d’automne. Et Aniu de dos, comme un motif qui semble devoir devenir récurent dans cette déclinaison de l’autoportrait. |
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18 janvier 2008 |
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Rien reçu. Problème technique ? Je vais attendre demain. |
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17 janvier 2008 |
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Fait-il froid à Shenzen pour qu’Aniu ait mis un bonnet ? Ou bien est-ce un look ? Peut-être est-ce parce que ce couvre chef le borde, le « détoure », que son visage me semble surgir du temps. En même temps il est hors temps, comme s’il avait, acquérant une gravité impassible, perdu son aspect juvénile. Aujourd’hui, notre échange n’est pas ludique, mais il est profond. |
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16 janvier 2008 |
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Moitié Aniu – moitié ville. Comme un équilibre qui s’instaure entre lui et la ville, entre le net et le flou. Et moi qui regarde cet œil qui me regarde. |
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15 janvier 2008 |
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Parfaitement ponctuel, pour cette vue de dos, en mouvement, comme s’il s’échappait – de notre projet ?. J’aime autant la douceur et la variation des gris que son pied gauche qui nous dit qu’il avance. Et la ville est incroyablement présente, qu’il révèle à sa manière. Qu’y a t’il sous la bâche, à côté des trois bicyclettes ? |
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14 janvier 2008 |
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Trois d’un coup ! Retard rattrapé… J’ai l’esprit vraiment mal tourné… Aniu était simplement trop occupé mais il a fait son devoir quotidien. Et, en trois images, il résume ce que je ne saurais voir : le petit mec dynamique, en tee-shirt, toujours en mouvement, le garçon intériorisé, en gros plan, grave, avec œil et barbichette et, somptueuse sous un ciel incroyable, la ville qui est la sienne, si loin, si haute, inaccessible.
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13 janvier 2008 |
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Toujours rien… |
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12 janvier 2008 |
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Rien reçu. J’ai juste envoyé un message et pensé qu’il y avait un nouveau problème de KraoK.. |
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11 janvier 2008 |
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Un Aniu de fin de semaine très sérieux. Dans sa cuisine certainement si j’en juge par les accessoires que je reconnais. La contre-plongée va chercher son regard. Ici, il pleut, tristement. |
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10 janvier 2008 |
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Fruits de saison. Un clin d’œil qui ressemble bien à l’humour d’Aniu. Une image accompagnée d’un grand éclat de rire. La journée va être meilleure. |
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09 janvier 2008 |
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Ce doit être dans son bureau. A sa droite, une espèce de maquette qui m’intrigue. Maquette, cercueil miniature ? La photographie n’apporte aucune information. |
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08 janvier 2008 |
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Au début, j’ai cru qu’il n’y avait rien, juste une plage noire. Pourtant, marqué d’une étincelle claire, l’œil est là. Encore. Cela devient l’histoire de l’oeil Aniu. Est-il dans un bus, une salle de projection ? Il est là, absent. |
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07 janvier 2008 |
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Je n’attendais pas l’image si tôt. Pour la première fois, Aniu répond à mes questions. Comme celle d’hier, il a pris son image dans son « bureau ». Il a donc un bureau qui semble être un lieu différent de son appartement. Des dossiers, un téléphone, lui de dos, en tee-shirt. Reste la lumière qui le sculpte. |
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06 janvier 2008 |
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Je vais partir pour un déjeuner amical et dominical et le portrait arrive. En Chine, il fait déjà nuit. Figé, posant, Aniu est-il en train de rentrer chez lui ? Cet univers de couloir froid, un peu sinistre, est-il le sien ? Je l’imagine posant sérieusement alors qu’il se marre intérieurement … |
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05 janvier 2008 |
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Petit mot d’excuses pour hier : après le travail Aniu est parti pour une soirée karaoke et a oublié de faire l’autoportrait… Quand il y a pensé, nous étions déjà le 5. Ce projet est vraiment lié au quotidien, avec ses aleas. Le texte m’en apprend davantage sur la vie d’Aniu que les images. C’est très bien ainsi. J’ai eu du mal à le trouver, dissimulé dans cette végétation, mais il est bien là. Nous jouons à cache-cache, finalement, et Aniu est joueur. |
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04 janvier 2008 |
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Aniu m’a écrit mais n’a pas envoyé de photo… |
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03 janvier 2008 |
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De plus en plus près, de plus en plus serré, comme si depuis trois jours Aniu zoomait vers son visage pour se rapprocher de moi. Il est cependant toujours aussi loin. Je suis pourtant troublé, alors qu’il n’a pas pu lire, de voir qu’il a réagi comme s’il savait que, hier, j’avais écrit à propos de son œil. Hier c’était le gauche. Aujourd’hui le droit. Immense et fixe. Qui gomme toute notion d’échelle, qui ignore le corps qui supporte ce détail de visage. Sur l’écran, je ne sais si ce sont les pixels, mais une étrange alliance du grain de peau et du grain de l’image s’opère, tout en se laissant voir. Alors qu’il est le plus « réaliste », ce portrait est également, le plus abstrait, le plus distant, le plus indéfinissable et peu défini depuis le début. Et demain ? |
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02 janvier 2008 |
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Encore une verticale, encore en noir et blanc, presque le même cadrage, mais la mise au point est différente, qui me fait remarquer la barbichette. Même s’il y a un second personnage sur l’image, je ne vois qu’Aniu. Et mon regard va de la petite tête au fond vers l’œil gauche qui m’aspire, m’attire. Lorsqu’il déclenche en regardant son objectif, Aniu se rend-il compte que je vais avoir le sentiment qu’il me regarde, moi ? Comment vais-je pouvoir lui faire ressentir la façon dont je reçois ces autoportraits quotidiens ? Il faudrait que je traduise en anglais, mais c’est trop compliqué. La bonne solution serait que j’améliore mon Chinois inexistant et qu’Aniu apprenne le Français… Ce ne sera pas pour cette année mais je dois lui donner un feed-back. |
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01 janvier 2008 |
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Paris triste et gris en ce début d’année. Mais, alors que j’en doutais un peu, je viens de recevoir le premier autoportrait 2008 d’Aniu. Bonheur absolu de voir se mettre en place ce projet, dont je ne sais où il ira, né un matin dans un hôtel de Lianzhou, en Chine et au bout du monde, pour tenter de guérir une frustration.
En 1999, Aniu avait, chaque jour – ou presque…- réalisé un autoportrait. C’était à la fois ludique et douloureux, absurde et bouleversant et je n’avais pas été capable de faire quelque chose de ce panneau de 365 cases mues par la seule nécessité. Alors, on recommence et je vais accompagner les images de mots qu’Aniu ne peut lire ni comprendre.
Il est à dix mille kilomètres et il a sept heures d’avance sur moi. Au moment où j’écris ces mots, il fait déjà nuit à Shenzen. Que fait Aniu ?
Son image m’est parvenue en quelques secondes, accompagnée de ses vœux de bonne année, mais il ne me dit rien sur lui.
Portrait vertical, sévère, dans lequel il me fixe, presque durement. Sentiment de l’absence alliée à une forme étrange de présence. Présence d’une image sur l’écran. Rien de plus. Est-ce que Roland Barthes écrirait encore « La photographie c’est ce dont je suis exclu » ? |
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