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De la Révolution à la fin du Second Empire, le regard porté sur le patrimoine du Moyen Âge évolue : aux destructions succède la prise de conscience de sa valeur en tant que monument. C’est cette mutation que se propose de décrire le parcours de l’exposition. Peintures, sculptures, dessins, gravures, travaux d’architectes, photographies et objets d’art témoignent de l’évolution du regard en Picardie. Face aux destructions révolutionnaires s’élèvent les premières voix qui parlent de vandalisme. Si les voyageurs sont d’abord avant tout impressionnés par l’aspect poétique des ruines, cher à la génération romantique, les appels pour la conservation et la mise en valeur des édifices médiévaux se multiplient, sous la pression des érudits. La connaissance scientifique évolue, se perfectionne, et le gothique devient à la mode. C’est dans ce contexte que naît le service des Monuments Historiques et que les premières restaurations voient le jour dès 1838 à la cathédrale d’Amiens. Les artistes vont aussi se passionner pour le Moyen Âge et s’en inspirer dans leurs créations dans cet esprit de synthèse des styles cher à l’éclectisme du XIXe siècle. Si ce thème a déjà été traité à plusieurs reprises, la Picardie, région riche en patrimoine médiéval s’il en est, n’avait jamais fait l’objet d’une étude à part entière : ce projet se veut un essai de synthèse sur ce phénomène. L’exposition s’appuie sur les collections du musée et de la bibliothèque municipale, dans le but de mettre en valeur leur très riche fonds graphique. Des prêts exceptionnels consentis par plusieurs institutions régionales et parisiennes (département des arts graphiques du musée du Louvre, Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, Centre des Monuments Nationaux) ainsi que par le service des Monuments Historiques, viennent compléter ce panorama. C’est donc un parcours à travers l’histoire du goÛt et des idées qui est proposé, qui se prolonge par une invitation à partir à la découverte de ces monuments médiévaux aujourd’hui. Présentation de l’exposition - Prologue : destructions révolutionnaires Peu d'intérêt existe à la fin du XVIIIe siècle pour l'architecture et l'art du Moyen Âge, si ce n'est de la part de quelques érudits. Ces monuments, qui pour beaucoup sont à l'abandon, ne sont plus vus que comme des emblèmes du passé et du pouvoir féodal de l'aristocratie. C'est ainsi que les perçoit la Révolution, qui voit en leur destruction le symbole de la fin de l'oppression du peuple et la marque du début d'une ère nouvelle. De nombreux édifices sont vendus comme bien national et démolis à travers toute la région, comme les abbayes Saint-Jean-des-Vignes à Soissons (Aisne) ou Saint-Corneille à Compiègne (Oise). - Une prise de conscience patrimoniale Très vite cependant s'impose l'idée qu'il est nécessaire de conserver ces monuments, car ils sont le témoignage de l'histoire de la nation. L'abbé Grégoire s'élève en 1794 contre ces destructions qualifiées de "vandalisme" dans un célèbre rapport. A sa suite, un mouvement d'érudits et de sociétés savantes, parmi lesquelles les Antiquaires de Picardie à Amiens, entreprennent de contribuer à l'étude de ces monuments pour mieux plaider pour leur conservation. Ils sont rejoints par des écrivains et des artistes, au premier rang desquels Victor Hugo, qui se rend à plusieurs reprises en Picardie. C'est une véritable "guerre aux démolisseurs" qu'il entreprend. Des séries de publications voient le jour, qui font découvrir à un plus large public ces édifices en bénéficiant des possibilités de reproduction offertes par une nouvelle technique, la lithographie. La plus ambitieuse, les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, patronnée par le baron Taylor et Charles Nodier, consacre trois volumes à la Picardie de 1835 à 1845. Elle emploie des artistes de premier plan, qui étudient en détail ces monuments, parmi lesquels Adrien Dauzats, Cicéri, Viollet-le-Duc, les frères Duthoit, et des aquarellistes anglais qui se prennent de passion pour Abbeville comme Thomas Shotter Boys, David Roberts ou Samuel Prout. Cet attrait nouveau pour le Moyen Âge et ses monuments s'explique par l'émergence du romantisme. Les romans historiques de Walter Scott, les drames de Hugo et Dumas témoignent d'un goÛt pour ses aspects bizarres et fantastiques, empreints de grandeur mais aussi de tous les excès et de toutes les passions, à la fois noir et coloré. La publication de Notre-Dame de Paris en 1832 constitue un jalon incontournable. Mais cette approche est loin d'être "archéologique" : elle est plutôt de fantaisie, attachée au pittoresque et à la poétique des ruines, n'hésitant pas au besoin à arranger des vues pour les embellir. Ce n'est qu'avec le temps, avec les travaux des érudits, que cette connaissance devient plus scientifique et que les représentations entrent dans les détails. Le rôle d'artistes comme Adrien Dauzats est important, mais c'est plus encore l'utilisation de la photographie qui va être déterminante. Œuvres majeures de la section : - Thomas Shotter Boys, Le Guindal à Abbeville, mine de plomb, aquarelle et rehauts de gouache sur carton, Abbeville, musée Boucher-de-Perthes - Adrien Dauzats, La collégiale Saint-Vulfran vue depuis le Guindal, huile sur toile, Abbeville, musée Boucher-de-Perthes - Louis-Alexis Lecerf, La cathédrale de Noyon, huile sur toile, 1834, Noyon, musée du Noyonnais - Henri Le Secq, Façade ouest, cathédrale Notre-Dame, Laon, photographie, mission héliographique de 1851, Paris, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Henri Le Secq, Saint-Germer-de-Fly (Oise), chevet de l'église Saint-Germer et Sainte-Chapelle vus du sud-est, photographie, mission héliographique de 1851, Paris, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Frederick Nash, Abbeville, vieilles maisons en face de la collégiale Saint-Vulfran, aquarelle sur papier, vers 1820, Abbeville, musée Boucher-de-Perthes - Samuel Prout, Abbeville, la collégiale Saint-Vulfran, mine de plomb et aquarelle sur papier, 1819, Abbeville, musée Boucher-de-Perthes - David Roberts, Abbeville, Saint-Vulfran et la place du Marché, aquarelle sur papier, Abbeville, musée Boucher-de-Perthes - François-Etienne Villeret, Vue du chevet de l'ancienne église Saint-Rémi d'Amiens, huile sur toile, Amiens, musée de Picardie - Le médiéval comme source d'inspiration Le passé national commence à être représenté par les artistes dès la fin du XVIIIe siècle : il offre des perspectives de nouveaux sujets, qui permettent de s'échapper des poncifs de l'histoire antique. C'est un véritable mouvement de fonds qui va toutefois apparaître à compter de l'Empire dans les arts, avec une vogue toujours plus grande pour les épisodes tirés du Moyen Âge. Les sujets choisis sont toutefois le plus souvent anecdotiques et visent plus à jouer sur un imaginaire : celui des preux chevaliers, des troubadours et des dames héroïques. Pas de caractère picard à proprement parler dans ce phénomène, qui est d'une envergure nationale avec pour épicentre un groupe de lyonnais placés sous le vocable de peintres "troubadours", ouvrant la voie à la mouvance du romantisme. Aux côtés de Delacroix, Paul Delaroche s'affirme ensuite comme l'artiste dont l'influence à travers l'Europe marque toute une génération. Sa recherche du dramatique et du réalisme des détails, poussé jusqu'à l'archéologie par ses successeurs, prend le dessus sur la fantaisie et perdure jusqu'aux années 1860. Œuvres majeures de la section : - Paul Delaroche, Jeanne d'Arc capturée à Compiègne, mine de plomb sur papier, Paris, musée du Louvre, département des arts graphiques - Paul Delaroche, Jeanne d'Arc capturée à Compiègne, mine de plomb, plume, encre brune et aquarelle sur papier blanc, Paris, musée du Louvre, département des arts graphiques - Octave Penguilly-l'Haridon, Chevalier dictant une lettre à un moine, huile sur toile, 1865, Arras, musée des Beaux-Arts - Pierre Révoil, Troubadour et lévrier, lavis gris et rehauts de gouache sur papier, Rouen, musée des Beaux-Arts Sous l'impulsion des "antiquaires", le Moyen Âge devient à la mode : les artistes vont alors naturellement tenter de s'en inspirer pour leurs créations. D'abord limité aux fabriques de jardins, il gagne peu à peu d'autres domaines d'expression, à la faveur de la Restauration et d'un retour des émigrés qui souhaitent effacer les traces de la Révolution. Il devient le vocabulaire par excellence des châteaux, dans un esprit de continuité avec cet âge d'or des pouvoirs de l'aristocratie. Son côté pittoresque ne manque pas de séduire. C'est ainsi que le château de Pont-Rémy et surtout celui de Régnière-Ecluse (Somme) aux environs d'Abbeville sont réaménagés. Mais c'est bien sÛr dans le domaine de l'architecture religieuse que le néo-gothique, puis le néo-roman vont faire florès jusqu'à devenir les styles de référence. A la faveur du renouveau du catholicisme sous la Restauration, les constructions d'églises sont nombreuses et leur style, d'abord encore néo-classique, simplement orné de quelques décorations de surface dans un esprit médiéval, va se purifier grâce aux travaux de Lassus et Viollet-le-Duc. L'église de Long (Somme) en est un des exemples les plus parfaits. Le mobilier se laisse aussi gagner par la vague gothique, appréciée encore par l'aristocratie pour meubler ces mêmes châteaux, mais aussi pour le mobilier religieux. Dans ces deux domaines, le rôle des architectes comme fournisseurs de modèles est incontournable, avec en premier chef toujours la figure de Viollet-le-Duc. Œuvres majeures de la section : - Aimé et/ou Louis Duthoit, Modèle de chaire pour l'église du Saint-Sacrement d'Arras, bois, 1864, Arras, musée des Beaux-Arts - Jean-Victor Bertin, Le château de la reine Blanche, huile sur toile, Senlis, musée d'art et d'archéologie - Louis Duthoit (attribué à), Paire d’anges porteurs de flambeau, bois doré, vers 1864-66, Amiens, musée de Picardie - Eugène Viollet-le-Duc, Étude pour un reliquaire en argent, dessin au crayon et au lavis sur papier, 1852, Paris, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Eugène Viollet-le-Duc, Étude pour un calice, dessin au crayon, au lavis et à la gouache sur papier, 1859, Paris, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - D'après Eugène Viollet-le-Duc, chaise, bois sculpté, Pierrefonds, Château - Préservation des monuments : naissance des restaurations Sous l'impulsion de François Guizot, ministre de l'Intérieur de Louis-Philippe, le mouvement de préservation des monuments médiévaux aboutit à la création progressive du Service des Monuments Historiques. Un poste d'inspecteur est institué en 1831, confié à Ludovic Vitet, puis à l'écrivain Prosper Mérimée, chargé d'effectuer des tournées à travers le pays pour repérer les édifices remarquables à préserver. En corollaire apparaît vite une volonté de réglementer les restaurations, après quelques entreprises catastrophiques. C'est toute une théorie qui va naître dans ce domaine grâce aux architectes diocésains en charge des chantiers des cathédrales, comme Lassus, Viollet-le-Duc à Amiens ou Boeswillwald à Laon. S'opposant à l'Anglais Ruskin qui estime que le passage du temps ne doit pas être effacé, Viollet-le-Duc plaide ainsi pour une intervention qui peut même restituer un édifice dans un état de perfection qui n'a jamais existé. Longtemps controversé, son action emblématique au château de Pierrefonds (Oise) constitue l'une de ses réalisations majeures : chargé par Napoléon III de transformer une ruine du XVe siècle en demeure de plaisance en forêt de Compiègne, il en fait une œuvre d'art totale aux décors conçus en intégralité par lui-même. Œuvres majeures de la section : - Charles Giraud, La salle des preuses au château de Pierrefonds après la restauration de M. E. Viollet-le-Duc, huile sur toile, 1867, Compiègne, musée national du château - Paul Huet, Vue du château de Pierrefonds en ruines, huile sur toile, 1868, Compiègne, musée national du château - Paul Huet, Vue du château de Pierrefonds restauré, huile sur toile, 1867, Compiègne, musée national du château - Eugène Viollet-le-Duc, Amiens, cathédrale Notre-Dame, chapelle du Sacré-Cœur, autel, élévation et détail, dessin à l'encre, au lavis et à la gouache sur papier, 1865, Paris, Médiathèque de l'architecture et du Patrimoine - Eugène Viollet-le-Duc, Amiens, cathédrale Notre-Dame, chapelle du Sacré-Cœur, projet d'autel en cuivre doré, élévation, dessin au lavis et à la gouache sur papier, 1866, Paris, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Eugène Viollet-le-Duc, Saint Michel, couronnement de la flèche de la chapelle, étude pour le château de Pierrefonds, dessin au lavis d'encre brune et à la gouache sur papier, Paris, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Maurice Ouradou, d'après Eugène Viollet-le-Duc, Étude pour le décor de la cheminée de la chambre de l'impératrice, étude pour le château de Pierrefonds, dessin à la gouache et à l'aquarelle sur papier, Paris, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Maurice Ouradou, d'après Eugène Viollet-le-Duc, Château de Pierrefonds, façade principale, étude pour le château de Pierrefonds, dessin à la plume, encre noire et aquarelle sur papier, Paris, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine Informations pratiques : Exposition organisée du 17 juin au 11 septembre 2006 Soutenue par la Direction régionale des Affaires Culturelles de Picardie Musée Boucher-de-Perthes, salle d’exposition Commissariat : Stéphane Paccoud, conservateur du patrimoine, musée Boucher-de-Perthes Service éducatif : Daniel Bettefort, Laurent Lombard Photographie : Daniel Bettefort Secrétariat : Sylvie Gilliard Autour de l’exposition : Livret d’accompagnement de la visite Edité par l'Association des Amis du musée Boucher-de-Perthes Textes de Stéphane Paccoud et Aurélie Toubin prix de vente : 3 € Visites commentées de l’exposition Organisées en juillet et aoÛt – les dates à déterminer seront annoncées ultérieurement dans la presse Renseignements : 03 22 24 08 49 Parcours proposé à la découverte du Moyen Âge vu par le XIXe siècle autour d'Abbeville Document disponible au musée |