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Armelle Canitrot :Grandeurs et misères des mégapoles chinoises Actuphoto.com Photographie
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Armelle Canitrot :Grandeurs et misères des mégapoles chinoises
 
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Les travaux réunis sous le thème de la « Ville photographique », retenu par la première édition

de la biennale photographique de Canton, montrent une société chinoise en état de choc

CANTON (CHINE)

De notre envoyée spéciale Gisant sur le trottoir parmiles détritus, visage baignant dans une lumière surréelle, un migrant sans logis rêve d’un avenir meilleur. Cette mise en scène de

l’artiste Wang Qingsong, qui ouvre la première biennale de la photographie de Canton sur le thème de la « Ville photographique », reflète la tonalité, peu optimiste, des œuvres exposées dans trois musées de la ville par cette remarquable manifestation réalisée à l’initiative du Français Alain Jullien, directeur artistique, et de Wang Huangsheng, directeur du Musée d’art de Canton. « Je ne fais pas du reportage, mais c’est néanmoins la réalité que je relate dans ces tableaux où je me mets en scène », explique Wang Qingsong, qui évoque le sort de ces millions de migrants, ces « chercheurs de rêves » qui fuient la campagne pour finir par se brÛler les ailes aux « lumières de la ville ». Des migrants comme lui-même, ancien ouvrier du pétrole devenu à force d’obstination un artiste reconnu internationalement. « Tout va à une vitesse effroyable. Les gens n’arrivent plus à suivre, il y a une totale confusion des valeurs. Même l’enseignement devenu payant ne s’intéresse plus qu’à ce qui rapporte », insiste-t-il. Sans illusions, dans Follow me (« Suivez-moi »), il pose en professeur devant un tableau noir où Nike et McDo sont les nouvelles matières à la mode. « Mes images ne sont que des petits aiguillons. Elles sont souvent prises pour des “cartoons” par le public chinois qui ne les comprend pas. » Difficile, en revanche, de ne pas comprendre les images très explicites du photo-reporter Zhang Xinmin, qui vient de consacrer dix ans de sa vie à enregistrer en direct l’effondrement de cette société paysanne migrant vers les villes. Notamment ce cliché poignant d’une jeune femme en larmes, perdant tout self-control au milieu de la foule. « Cette femme payée comme tant d’autres pour faire la queue et acheter des actions pour un tiers fortuné, lors d’une introduction en Bourse, attendait depuis la veille quand le guichet s’est refermé devant elle », commente Zhang Xinmin, qui a pris conscience qu’il y avait des choses importantes à photographier, en 1989 avec Tian An Men. De la longue marche des paysans vers les villes, aux dortoirs de cartons superposés où s’entassent les plus chanceux, des photos d’identité prises à même le trottoir aux tickets des recruteurs, des chantiers vertigineux à la prostitution…, voici ce que révèle le reportage La Ville encerclée. « C’est ce qui attend la plupart des migrants chinois qui échouent dans le delta de la rivière des Perles. Mais leurs conditions de vie dans les campagnes sont cent fois pires. En allant à Shenzhen, ils accomplissent un rêve et espèrent gagner de l’argent », commente Zhang Xinmin qui dut lui-même se séparer de sa femme et de ses enfants pour trouver du travail. « Je suis si triste, c’est tellement fou. Les autoroutes urbaines sont construites sans prendre en compte les gensqui vivent là. Je me dois de réaliser ces photos pour qu’on s’interroge sur cette folie », déplore de son côté Aniu, photographe de Shenzhen, qui expose une succession angoissante de photos d’échangeurs routiers. « Photographier du haut des tours instaure une distance. Cela ressemble à des maquettes. C’est malheureusement la réalité. » La figuration en quelque sorte de cette distance infranchissable séparant les promoteurs immobiliers qui s’enrichissent en hérissant le paysage de villes inhumaines et les migrants chinois broyés dans la moulinette de la mondialisation. C’est avec le format panoramique que le reporter Xu Pei Wu choisitde montrer la situation de l’homme dans la démesure des mégapoles tentaculaires chinoises. Une brutalité effarante perceptible dans les yeux égarés de tous ces errants atteints de maladies mentales photographiés durant sept ans par Zeng Yicheng. Une angoisse que la jeune artiste Xing Danwen souligne à sa manière, en insérant sa silhouette solitaire dans l’univers glacé de maquettes de promoteurs. Tout comme Miao Xiaochun réintroduisant le passé dans leprésent, en glissant son effigie vêtue d’un costume de l’époque Tang, dans des paysages urbains où s’entrechoquent les pubs de luxe et le mal-être des pauvres. Ou encore comme Weng Fen mettant en scène de jeunes collégiennes en uniforme devant des forêts de tours vertigineuses. « Avec cette urbanisation galopante, les Chinois ont perdu tout bien-être intérieur et tout sens de la spiritualité », regrette-t-il, se souvenant avoir failli perdre pied en débarquant à Pékin. « L’hypersensibilité des photographes chinois et de leurs travaux reflète ce qui se passe actuellement en Chine », conclut Wang Huangsheng, premier directeur de musée à s’engager en faveur de la photographie. « Jusqu’aux années 1980, la photographie documentaire était synonyme de propagande. Ilest donc de notre responsabilité de montrer l’autre face de la photographie et de réduire la distance entre elle et le public. » Si l’on en croit Gu Zheng, l’un des commissaires de la biennale, « il y a tellement de publicité dans les journaux qu’il n’y a plus d’espace – réel et idéologique – pour le reportage. Avec le développement économique, les galeries commerciales répondent à la demande du marché de l’art, et le photoreportage paraît dépassé. Aujourd’hui, la pire des censures est celle de l’argent ».

ARMELLE CANITROT Jusqu’au 27 février, 59 expositions de photographes chinois et étrangers.

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