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La photo était posée, mais le "baiser était vrai". Cinquante-cinq ans après, la jeune femme qui embrassait son amoureux sur le parvis de l’Hôtel de Ville se défait du tirage que Robert Doisneau lui avait offert. Estimé entre 15.000 et 20.000 euros, ce tirage original du "Baiser de l’Hôtel de Ville", l’une des photographies les plus connues au monde, sera mis à l’encan le 25 avril à l’Hôtel Dassault à Paris, par Artcurial Briest Poulain le Fur. Françoise Bornet, aujourd’hui âgée de 75 ans, l’avait reçue quelques jours après la prise de vue. Le photographe lui a envoyé le cliché en noir et blanc qui porte au verso son propre cachet et le numéro de tirage. "Le baiser de l’Hôtel de Ville" sera publié en 1950 par le magazine américain "Life" qui avait commandé à Doisneau un reportage sur les amoureux de Paris. Ce baiser que le photographe semble avoir volé devient célèbre en 1986 quand il sort en poster, déjà vendu six ans plus tard, en 1992, à 410.000 exemplaires, un "record mondial", selon Artcurial. "C’est moi sur la photo", souligne Françoise Bornet qui, pendant plus de 40 ans, est restée l’inconnue de l’Hôtel de Ville, jusqu’à ce que des affaires judiciaires ne viennent écorner le mythe. Car si tous les amoureux du monde se reconnaissent dans la photo, certains vont aller plus loin. En 1992, un couple d’Ivry -Jean et Denise Lavergne- affirme être celui du cliché, expliquant avoir été photographié à son insu par Doisneau, à qui il réclame des dommages et intérêts. C’est alors que Françoise Bornet sort de l’ombre et réclame à son tour une plus importante somme et un pourcentage sur les ventes, ce que la justice lui refusera, estimant qu’elle n’est pas suffisamment reconnaissable sur la photo pour prétendre à des compensations financières. Mais le photographe reconnaîtra que c’est bien elle qui a posé avec son petit ami de l’époque Jacques Carteaud, devenu viticulteur dans le Vaucluse, faisant ainsi un peu tomber le mythe. Il n’a pas surpris ces amoureux qui semblent seuls au monde au milieu de la foule, mais bien mis en scène ce cliché qui paraît pris sur le vif. Dans une interview à "Télérama", rappelle Artcurial, le photographe, décédé en 1994, explique même qu’il n’aurait "jamais osé photographié des gens comme ça". "Des amoureux qui se bécotent dans la rue, ce sont rarement des couples légitimes". En fait, Robert Doisneau avait croisé les deux jeunes gens quelques jours plus tôt, à la terrasse du Villars dans le quartier des Invalides près du cours Simon, dont ils étaient élèves. Le photographe leur a demandé de poser pour lui, ce qu’ils ont fait quelques jours plus tard. La photo est posée, "mais le baiser est vrai", confie Françoise Bornet par téléphone. Elle avait 20 ans à l’époque, sa romance avec Jacques Carteaud, aujourd’hui disparu, n’aura duré que quelques mois, mais ils allaient devenir un symbole. Pendant longtemps, elle a gardé le silence, pensant que Doisneau préférait qu’il en soit ainsi. "Je n’avais pas l’intention de me faire connaître. Ma carrière de comédienne était plus importante qu’une photo". Aujourd’hui, "je trouve que c’est une photo qui n’a plus lieu d’être et je ne la garde pas". L’agence de photo Rapho pour qui travaillait Doisneau détient les droits du cliché. Françoise Bornet qui n’a jamais reçu de royalties sur les reproductions ne peut vendre la photo que pour un usage privé. |